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Rencontre à “TonBookToo” !

Rencontre à “TonBookToo” !

Rencontre à “TonBookToo” !

J’ai croisé Valentine pour la première fois lors du salon du livre de Paris, en mars dernier. Le nom de son stand m’a interpelée. TonBookToo. Il faut admettre que c’est original. Une affiche annonçait : « Lire, partager, s’enrichir ». Il n’en fallait pas plus pour que je m’arrête. Bien m’en a pris. J’ai découvert un concept prometteur que Valentine a eu la gentillesse de me présenter quelques jours plus tard dans les locaux parisiens de TonBookToo.

L’idée est de connecter les passionnés de lecture, afin de mieux donner, prêter ou vendre ses livres. Il suffit de s’inscrire sur le site, d’enregistrer le contenu de sa bibliothèque puis d’interagir avec les autres membres. TonBookToo.com vous permet d’identifier les personnes proches de chez vous, prendre contact et créer un lien réel, pour discuter et faire circuler les livres. Vous pouvez ainsi établir votre propre communauté et vous rencontrer « dans la vraie vie » !

Site : www.tonbooktoo.com – Page Facebook : tonbooktooTBT

J’ai demandé à Valentine de nous en dire un peu plus…

Comment est né TonBookToo ?

Le projet est né en 2016. Arnaud Poissonnier, co-fondateur de TonBookToo, baigne depuis toujours dans l’univers du numérique solidaire et de l’économie collaborative. Il a notamment créé le site babyloan.org (leader européen du crowdfunding de micro-crédit) et se bat pour développer les entreprises à vocation sociale et sociétale. A l’époque, il est parti d’un constat : le numérique envahit tous les secteurs mais touche peu le monde du livre. Il y avait là quelque chose à creuser.

Il faut savoir qu’Arnaud est un vrai passionné : chez lui, c’est fabuleux ! Il y a des piles de livres partout, qui servent à tout, même à maintenir le lavabo ! Chez moi, c’est un peu mieux rangé mais ça déborde aussi ! Lui comme moi partageons nos livres de façon quasi instinctive. Lorsque je lis, je pense systématiquement à quelqu’un. A la personne qui pourrait être touchée par cette lecture. Il m’arrive souvent d’envoyer des photos de citations intéressantes. Je transmets tout ce que je lis. C’est une habitude que nous avons en commun.

Arnaud m’a proposé le concept : ensemble nous y avons réfléchi, et l’idée est née, petit à petit. De mon côté, j’étais libre professionnellement ; il n’y avait plus qu’à nous lancer ! Et trouver un nom à notre nouvelle activité.

Puisqu’on en parle… Ce nom surprenant, où l’avez-vous donc déniché ?

Il nous fallait une marque qui ait du sens, qui soit internationale et évocatrice. J’ai passé en revue plusieurs mots liés au concept : bibliothèque, livre, book… A force de les réciter et de farfouiller sur le web, l’expression « TonBookToo » est tombée. J’ai réalisé qu’à l’oral, c’était aussi le nom d’une ville, ça pouvait avoir du sens. Arnaud était enthousiaste. En réalité, Tombouctou, capitale du Mali, est classée au patrimoine mondial de l’humanité, abrite un ensemble de manuscrits d’une valeur inestimable et plus de 60 bibliothèques privées ! Il y a quelques années, les islamistes radicaux ont malheureusement détruit une partie des manuscrits, et le journaliste américain Joshua Hammer a retracé l’histoire incroyable de quelques habitants ayant tout tenté pour sauver ces trésors littéraires (« les résistants de Tombouctou », Joshua Hammer). Bref, tout s’emboîtait parfaitement, nous avions trouvé notre nom.

Le projet était alors sur de bons rails ?

Il restait beaucoup à faire : monter un dossier, réaliser une levée de fonds, sélectionner un développeur pour l’application et un graphiste pour le site. Nous sommes aussi passés par Ulule (site de crowdfunding) pour tester la sensibilité du public à la marque et au concept, et nous constituer une première communauté d’ambassadeurs. Je vous passe les détails. Au bout d’un an et demi, une première version du site était lancée, à destination des particuliers. Mais nous avons poursuivi la réflexion. Il fallait aller plus loin et toucher des populations en manque de lien interpersonnel mais aussi de relations à la culture et la lecture. Pourquoi pas l’entreprise ? On y passe ses journées, on y croise des collègues sans parfois bien les connaître. Pourquoi ne pas partager autre chose que des tableaux Excel et des heures de réunion ? Certaines entreprises ont une armoire bibliothèque, mais cela nécessite une certaine organisation et l’implication d’une personne gérant les emprunts. Nous avons donc adapté le concept.

Le site actuel s’adressant à la fois aux particuliers et aux entreprises a été lancé début 2018 avec un premier objectif, le salon du livre Paris.

L’événement vous a-t-il été utile ?

Oui, l’expérience a été particulièrement enrichissante. Nous avions une belle marque, il fallait aller au contact du public. Les gens sont noyés sous les informations ; nous devions nous faire connaître. Nous devions échanger avec les personnes acceptant de s’inscrire et celles adhérant au concept mais ne souhaitant pas franchir le pas. Il était important de connaître leurs attentes. Bien sûr notre stand n’a pas été bondé pendant les quatre jours qu’a duré le salon, mais nous avons fait de très belles rencontres. L’ambiance était plutôt bon enfant.

Plusieurs éditeurs sont venus nous parler. Pourtant beaucoup nous avaient mis en garde : « vous allez vous les mettre à dos, vous êtes concurrents », etc. Eh bien non ! Nous représentons surtout une offre complémentaire. De toute façon, ce qu’on fait, ça existe déjà ! Il existe des sites qui revendent des livres d’occasion, des sites qui louent des livres, des sites qui donnent des livres, des sites qui troquent des livres… Et des réseaux sociaux autour du livre. Nous avons simplement écarté ce dernier aspect car c’est un métier à part entière, et regroupé les différents modes de transaction : je vends, je prête, je donne. Avec en prime la création d’une vraie rencontre, en face-à-face. Nous servons d’intermédiaire. Il s’agit de remettre le numérique au service du papier et de l’être humain. Le replacer dans son rôle d’outil, d’accélérateur de partage. Nous voulons aider à créer du « vrai lien ».

Au départ, il y a un peu d’effort à fournir : enregistrer les 150 livres que vous avez à la maison, convenir de rendez-vous, puis accepter d’attendre 5 minutes dans le métro que l’autre personne arrive pour lui remettre le livre promis. Et le tour est joué ! Autre exemple : vous pouvez échanger vos lectures dans les réunions de famille si vous créez une communauté au sein de votre cercle privé. TonBookToo vous permet de visualiser la bibliothèque de vos contacts et demander l’accès à des livres qui, sinon, continueraient à prendre la poussière jour après jour !

Le service est aujourd’hui proposé à 19€ pour une année complète, un peu comme une inscription à la bibliothèque. Pour les entreprises, le tarif varie en fonction du nombre de salariés.

Et la suite ? Comment voyez-vous l’avenir du site ?

Les idées ne manquent pas. Nous pensons par exemple à impliquer les librairies de quartier pour les aider à dynamiser leurs activités. Certaines personnes aiment échanger les livres mais n’en continuent pas moins à acheter du neuf. De toute façon, il faut bien renouveler l’offre ! Mais cet aspect n’est pas encore développé, c’est à venir…

Le plus urgent aujourd’hui est de collecter les retours des premiers utilisateurs. Il y a de nombreux aspects à améliorer, notamment l’application pour Smartphone. Aujourd’hui, elle permet surtout de scanner les livres (c’est plus rapide que via le site), et valider les transactions. Au moment où vous remettez un livre, vous validez l’opération sur votre téléphone et l’ouvrage disparaît de votre bibliothèque. Mais nous voulons encore améliorer cette appli en permettant la création des comptes personnels sans passer par le site. Bref, il faut rester à l’écoute, il y aura encore de nombreux changements positifs !

Vous êtes vraiment passionnée ! Je suis donc très curieuse, que lisez-vous ?

Je ne suis venue à la lecture que sur un tard. J’ai même fait des études littéraires sans lire un seul bouquin de toute ma scolarité ! Je lisais quelques pages au début, quelques pages au milieu, puis le dernier chapitre. Pour le reste, j’étais très douée pour inventer des histoires… [Rires]

Mais c’est vrai, aujourd’hui, je suis passionnée. Le premier livre qui m’a happée, c’était une dystopie : « la sélection », de Kiera Cass. En gros, c’est un mélange de Miss France et de « Hunger Games » ! Le monde a explosé, il s’est reconstruit en faisant les mêmes erreurs et la famille royale organise une sélection pour établir des alliances, etc. C’est formidable !

Malheureusement les dystopies ne se trouvent qu’au rayon ados. Il y en a peu de vraiment élaborées. Il y a « les anciennes », comme « 1984 » de Georges Orwell. Mais ensuite on se dirige rapidement vers la science-fiction. Je préfère la vraie dystopie. J’ai découvert ce genre grâce à ma sœur, qui en est fan. Bien sûr, nous nous prêtons nos découvertes…

Et puis j’aime aussi les romances, celles qui sont particulièrement cyniques et épicées. Plus c’est ridicule, mieux c’est ! Ça me fait rire ! Dans le genre, la série des « Beautiful » (Christina Lauren) est très connue ; les trois premiers sont bons, mais le reste… J’aime aussi la série des « Fight for love » (Kary Evans) qui nous emmène dans l’univers de la boxe. Ou bien les romans « Intrépide », « Insatiable », « Indécise » (S.C. Stephens). Là, c’est l’univers de la musique. Ce que j’aime, c’est qu’à chaque fois l’histoire se tisse et l’auteur parvient à nous plonger dans des mondes que l’on ne connaît pas. C’est ma manière de voir la lecture et le divertissement en général : je recherche ce qui me sortira du quotidien.

Y a-t-il un livre qui vous ait particulièrement marquée ?

Oui, « la liste de mes envies » de Grégoire Delacourt. Je l’ai lu en deux heures et j’ai pleuré du début à la fin ! Ensuite, je prête et je fais pleurer les copines…

Il y a aussi « Et puis, Paulette », de Barbara Constantine. C’est génial ! C’est l’histoire d’une grand-mère qui ne peut plus se débrouiller toute seule et qui va se lier avec un voisin, une jeune fille paumée, un gars dans les travaux agricoles… Créer du lien… Encore et toujours !

Si vous étiez l’héroïne d’un roman, qui seriez-vous ?

Je serais l’héroïne d’une dystopie ! Fatalement !

Ecrivez-vous ?

Je n’y arrive pas ! J’ai des millions d’histoires en tête, j’adore ça, j’aimerais écrire. Mais je ne parviens pas à coucher mes idées sur le papier. Dans mon boulot, au quotidien, je suis très douée pour corriger, réorganiser, auditer, tout ce que vous voulez, mais partir d’une page blanche, ce n’est pas possible. Je bloque…

Que souhaitez-vous transmettre à travers toutes vos activités ?

Transmettre… C’est partager. Lorsque quelque chose s’impose à nous, en bien ou en mal, on a toujours tendance à penser qu’on est seul. Ça nous arrive et on ne parvient pas à en parler. On n’ose pas déranger les gens dans leur vie, dans leur propre mouvement. Et puis un jour, on se rend compte que d’autres personnes ont vécu la même chose que nous. Et on se dit : « si je l’avais rencontrée à ce moment-là, ma vie se serait déroulée autrement. »

Et je trouve que la lecture, et le fait de partager ce qu’on a aimé, c’est le premier pas vers l’arrêt de ce cercle vicieux où l’on se sent seul en permanence.

***

Jolie philosophie, n’est-ce pas ?

TonBookToo, c’est aussi une équipe. Avant de repartir, j’ai encore glané quelques conseils de lecture intéressants…

Mathilde, responsable digital, me confie avoir particulièrement aimé « La vie secrète des arbres », de Peter Wohlleben. Un ouvrage scientifique parfaitement vulgarisé révolutionnant notre perception des arbres…

Anne, responsable commerciale, aime les livres de Jean-Christophe Grangé, et particulièrement « Miserere ». Elle lit également de nombreux auteurs autoédités, dont les livres sont aujourd’hui plus accessibles grâce au numérique.

Une ambiance à la fois dynamique et studieuse… Si le site TonBookToo permet d’aussi belles rencontres, il n’y a plus à hésiter ! Pourquoi ne pas vous inscrire et créer votre communauté, près de chez vous ? Je viens de le faire. Avec un peu de chance, il y aura matière à écrire bientôt un nouvel article ?

La rentrée littéraire, comment ça marche ?

La rentrée littéraire, comment ça marche ?

La rentrée littéraire, ça marche comment ?

Dès le début du mois d’août, un mot mille fois répété vient perturber notre été. La rentrée.

Celle des écoles, des professeurs, des ministres, ou bien des programmes télé. En France, tout se passe comme si l’année ne commençait pas le 1er janvier mais quelque part, à la fin de la belle saison. Une date un peu flottante, qui sent le neuf. Bonnes résolutions, pages blanches, petits et grands carreaux, inscriptions, réunions, nouvelles organisations, nouveaux départs.

Et les livres dans tout ça ?

Qu’on lise ou pas, impossible de manquer la fameuse rentrée littéraire. Elle s’impose dans les médias, les librairies, les réseaux sociaux et les centres commerciaux. Tous vous ont déjà abreuvé de recommandations pour vos vacances : les meilleurs polars à lire sur la plage, les classiques à glisser dans la valise, les feel good books de l’été, les inévitables romans pour filles modernes et bronzées.
Septembre arrive doucement, et c’est reparti pour un tour. Revoilà les superlatifs, les adjectifs élogieux et les qualificatifs dithyrambiques. Eblouissant ! Captivant ! Magistral ! Et ce cercle restreint d’auteurs, toujours les mêmes, de coloniser journaux, émissions littéraires et blogosphère.

Alors quoi ? La rentrée littéraire, une simple opération marketing ?

C’est vrai, que, dit comme ça, la rentrée littéraire ressemble à une vaste manipulation commerciale.
Il s’agit en effet du plus grand lâcher de livres de l’année : d’août à octobre, les éditeurs proposent un nombre significatif de nouveautés, à grand renfort de battage médiatique. Leur proposition est savamment étudiée, mélange de profils d’auteurs choisis et de genres recherchés :

  • Les grands écrivains ;
  • Les habitués ;
  • Les primo-romanciers ;
  • Les auteurs étrangers ;
  • Les people.

L’idée est d’intéresser le public le plus large possible, des simples curieux aux passionnés des mots. Le vent de la rentrée littéraire amène tout à la fois senteurs intellectuelles, parfums inédits et relents de scandale.
Cette année, 581 livres seront publiés en trois mois (ne soyez pas impressionné, ils étaient 727 en 2007), dont 390 romans français et 81 premiers romans. Des millions de pages. Impossible de tout lire, me direz-vous ! Même en engloutissant un, deux, trois livres par jour !

La rentrée littéraire
Des centaines d’ouvrages publiés à chaque rentrée littéraire

Alors pourquoi ? A quoi bon cette multiplication des titres ?

Vous l’aurez compris, la rentrée littéraire est un enjeu important pour les acteurs du livre.

Les éditeurs préparent la grande danse des prix littéraires, inaugurée par le Goncourt au mois de novembre. Ils espèrent que leurs poulains seront remarqués, entreront dans les listes des divers jurés et académies, et obtiendront une distinction. Obtenir un prix, c’est augmenter les ventes de façon significative !

A la saison des récompenses se joint la période de Noël. Le livre reste l’un des objets les plus offerts pour l’occasion. C’est donc un événement primordial et la rentrée littéraire est parfaite pour préparer le terrain et amorcer le bouche-à-oreille. Elle met en lumière les romans qui obtiennent la faveur du public, et qui, à n’en pas douter, s’arracheront en fin d’année.

Les libraires profitent bien sûr de ce grand déballage de livres, qui représente une augmentation importante de leur chiffre d’affaires.
Quant aux auteurs, eh bien, il y quelques gagnants et beaucoup de perdants qui passeront totalement inaperçus et erreront à l’infini dans les oubliettes des livres imprimés mais jamais lus, cachés sur les étagères et finalement recyclés. Puisqu’il est impossible de lire 581 livres en trois mois, il faut qu’un choix s’opère.

Et ce choix est cruel.

Alors finalement… La rentrée littéraire, comment ça marche?

Les éditeurs préparent cette rentrée plus d’un an à l’avance. Comme indiqué plus haut, ils sélectionnent les livres, travaillent les publications et apprennent aux auteurs à se vendre. Dès le mois de mai, ils envoient aux libraires les livres définitifs ou même les textes en cours de correction. S’ensuit une longue campagne de séduction : réunions auxquelles sont conviés libraires, journalistes et booktubers, rencontres avec les auteurs, événements sur les réseaux sociaux, concours pour quelques lecteurs sélectionnés. Les éditeurs mettent tout en œuvre pour convaincre les prescripteurs de lire leurs livres plutôt que ceux du voisin.

Les libraires connaissent donc des étés très studieux. Ils lisent, lisent et lisent encore. Ils doivent repérer les romans qui se vendront et séduiront le lecteur. Ils doivent prendre connaissance des parutions à succès afin de pouvoir en parler à leurs clients. Ils communiquent entre eux, dans leurs équipes et entre confrères. Ils s’échangent les bons tuyaux et se mettent en garde contre les livres qui ne valent pas quelques précieuses heures de lecture.
Courant août, ils sont prêts à passer leurs commandes et les cartons peuvent envahir leurs magasins. Reste à agencer ces derniers. Les auteurs les plus chanceux voient leurs œuvres orner les tables avec la mention « coup de cœur ». Augmentation des ventes garantie ! Le lecteur est bien souvent perdu devant cette pléthore de titres et il est enclin à se laisser guider. Si le libraire a aimé, alors c’est que le livre est sûrement bon !

Bien sûr, la publicité continue, à destination cette fois du grand public. Les émissions littéraires se succèdent. Les magazines vous parlent de leur propre sélection : « rentrée littéraire, les dix livres à ne pas manquer ! » Les auteurs sortent de leur réserve. Les réseaux sociaux portent aux nues ou démolissent.

Tout est bon pour attirer l’attention.

Sélection rentrée littéraire
Trois livres de ma sélection

En conclusion ?

La rentrée littéraire, quand on aime les mots, on ne peut pas la louper. Au-delà de l’opération commerciale, cela reste un moment unique, où le livre est mis en valeur. Bien sûr, nul n’est forcé de suivre les recommandations. Il est même plus raisonnable d’attendre patiemment les sorties en livre de poche. Personnellement, j’y prête généralement peu d’attention. Je préfère laisser retomber le soufflet pour choisir, des mois plus tard, les livres qui m’auront attirée.

En 2017 pourtant, je me suis penchée sur les diverses annonces des éditeurs. Il fallait bien préparer cet article. Voici une première sélection, toute personnelle et non exhaustive. Elle fait la part belle aux premiers romans, envie de nouveauté sans doute ! Je vous laisse vous en inspirer ou l’oublier ! Et si vous lisez cet article dans les années qui suivent, ne croyez pas que cette sélection soit caduque. Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, les livres demeurent et parfois se bonifient avec l’âge !

Comme une rivière bleue (Michèle Audin), Gallimard : la Commune de Paris, vue de l’intérieur et reconstituée à l’aide des archives. Intéressant pour qui est, comme moi, passionné de généalogie et de la petite histoire qui fabrique la grande.

Un élément perturbateur (Olivier Chantraine), Gallimard – 1er roman  : l’histoire d’un hypocondriaque dans le milieu des affaires. Ҫa peut être drôle.

L’ombre sur la lune (Agnes Mathieu Daudé), Gallimard : j’ai lu son premier roman, « Un marin chilien », que j’ai beaucoup aimé. J’ai donc très envie de poursuivre avec cet auteur, quel que soit le nouveau sujet choisi

Les rêveuses (Frédéric Verger), Gallimard – 1940 – 1er roman : encore de l’Histoire. La seconde guerre mondiale cette fois. Un Allemand emprunte l’identité d’un mort.

La Fontaine une école buissonnière (Erik Orsenna), Stock  : j’ai toujours aimé les fables de La Fontaine. C’est donc l’occasion de les redécouvrir, elles et leur auteur. Et puis, Erik Orsenna, c’est toujours un gage de qualité.

Zero K (Don Delillo), Actes Sud – Anticipation, littérature américaine : c’est un roman d’anticipation, donc ça m’attire !

Underground railroad (Colson Whitehead), Albin Michel – Littérature américaine : l’histoire américaine et le passage clandestin d’esclaves en fuite du sud vers le nord. Histoire, toujours…

Ostwald (Thomas Flahaut), L’Oliver  – 1er roman : deux rescapés d’un désastre nucléaire en Alsace.

Sciences de la vie (Joy Sorman), Seuil  : l’histoire d’une malédiction familiale où la médecine s’oppose à la magie.

Un dissident (François-Régis de Guényveau), Albin Michel – 1er roman : encore de l’anticipation teintée de recherche scientifique. Je ne peux donc qu’être attirée.

Le presbytère (Ariane Monnier), JC Lattès – 1er roman  : une histoire de violence familiale à l’allure inquiétante.

Une histoire des abeilles (Maja Lunde), Les presses de la cité – 1er roman : Maja Lunde est norvégienne, et vous connaissez mon penchant pour tout ce qui vient du nord. Le sujet est intéressant : la disparition des abeilles et ses conséquences dans un futur proche.

Frappe-toi le cœur (Amélie Nothomb), Albin Michel : simplement parce que j’ai entrepris de lire tous ses romans publiés après l’avoir rencontrée lors d’une dédicace. C’est un auteur qu’on aime ou qu’on déteste, mais dont les livres réservent toujours des surprises et une bonne dose d’humour.

Je ne lirai sans doute pas tout, faute de temps et de budget. Mais grâce à cette fameuse rentrée littéraire, je ne manquerai jamais d’inspiration en entrant dans une librairie. Que pensez-vous de cet événement ? L’attendez-vous avec impatience chaque année, ou bien tout cela vous laisse-t-il de marbre ?

Un petit tour à New York ?


Si je vous dis « New York », à quoi pensez-vous ?

Sans doute à la statue de la Liberté, Wall Street, l’Empire State Building, le 11 septembre, Central Park, les taxis jaunes ou bien Broadway. Oui, New York, c’est tout ça, et bien plus encore.

J’ai eu la chance immense d’y passer quelques jours récemment, et n’ai pas manqué de suivre les pas des millions de touristes qui arpentent chaque année les rues rectilignes de la ville.

Et puis… A l’étranger comme ailleurs, je garde toujours un œil sur les devantures des librairies, on ne se refait pas. Entre deux magasins de la 5ème Avenue se dresse, massif, un immense bâtiment dont l’architecture contraste avec les buildings alentours : une allure de temple grec, des colonnes et des statues, un escalier monumental et deux lions majestueux qui montent la garde d’un air bienveillant. C’est la fameuse NYPL, New York Public Library.

Des gens entrent et sortent en permanence. Certains sont assis sur les marches, absorbés par le flux de la circulation. Une mariée et ses demoiselles d’honneur posent au pied d’une jarre colossale. Un auteur attend le lecteur intéressé pour une discussion passionnée. Le lieu attire.

Selon mon guide, les deux lions s’appellent « Patience » et « Force d’Âme ». De bien nobles gardiens. A l’entrée, contrôle rapide des sacs. Puis on accède à un magnifique hall de marbre, tout en voûtes et colonnades. De grands lustres et candélabres donnent un reflet doré à la pierre blanche et aux bustes des alcôves. Ce jour-là, j’erre un peu au hasard dans le bâtiment, en suivant le mouvement des visiteurs.

Tout est immense. C’était le vœu des fondateurs. Au XIXème siècle, New York était rapidement devenue l’une des villes les plus importantes au monde, désormais puissante rivale de Paris et Londres. Un tel centre urbain se devait d’avoir une bibliothèque digne de ce nom. Le gouverneur Samuel J. Tilden (1814-1886) légua l’essentiel de sa fortune pour « établir et maintenir une bibliothèque et une salle de lecture dans la ville de New York ».

A l’époque, il existait déjà deux établissements d’importance, les bibliothèques Astor et Lenox, avec un accès très limité au public. La première avait été fondée grâce à la générosité de John Jacob Astor, immigrant allemand qui était à sa mort l’homme le plus riche d’Amérique. La seconde fut établie à partir de la collection personnelle de James Lenox, qui comprenait par exemple, le premier exemplaire de la Bible de Gutenberg à atteindre le Nouveau Monde. Les deux pataugeaient dans les difficultés financières.

Sous l’impulsion d’un homme de loi New-Yorkais, John Bigelow, il fut décidé que les différentes ressources, littéraires et financières, Astor, Lenox et Tilden, seraient combinées pour former une nouvelle entité : The New York Public Library (NYPL). L’accord fut signé le 23 mai 1895 et salué comme un exemple sans précédent de philanthropie privée pour le bien public.

Il fallut 16 ans pour que l’ensemble du bâtiment soit érigé et inauguré, le 23 mai 1911. Le succès fut immédiat : entre 30000 et 50000 visiteurs se présentèrent le lendemain, jour de l’ouverture. L’un des premiers documents empruntés fut une étude sur Friedrich Nietzsche et Léon Tolstoï. Le lecteur adressa sa demande à 9h08 le matin et reçut le livre seulement six minutes plus tard. Une prouesse pour une époque sans informatique.

Andrew Carnegie contribua également au projet, notamment aux 39 annexes disséminées dans la ville, de quoi amener la culture à chaque coin de rue.

Rapidement, la New York Public Library devint un élément essentiel du tissu intellectuel de la vie américaine. Parmi ses premiers bénéficiaires étaient les immigrants récemment arrivés, que la bibliothèque mit en contact avec la littérature et l’histoire de leur nouveau pays, mais aussi le patrimoine amené d’Europe ou d’ailleurs.

Aujourd’hui, la bibliothèque compte 92 sites dispersés dans Manhattan, le Bronx et Staten Island (les deux autres quartiers de New York, Brooklyn et le Queens, ayant mis en place un système séparé avant la consolidation de la ville). Son fond est très riche, plus de 51 millions de documents divers, livres, manuscrits, notes, lettres, autographes (notamment de grands auteurs américains), cartes et photographies. La consultation y est rapide et facile, grâce à une organisation efficace encore améliorée par l’avènement de l’ère numérique. En bref, un temple des lumières et de la connaissance.

Dans les étages, le bois habille la pierre, les peintures monumentales ornent les halls et le silence envahit les immenses salles de lecture. Je m’assois quelques instants devant un écran, et m’imagine en quête du savoir (j’ai l’air sérieux sur la photo, pas vrai ? C’est pour de faux !) Encore quelques minutes à admirer (envier ?) les étudiants et les chercheurs concentrés, un petit tour à la boutique (pour acheter le mug NYPL) et je retrouve l’air extérieur.

 

Mais la bibliothèque n’a pas dit son dernier mot ni livré toutes ses ressources…

Derrière le bâtiment se trouve l’un des endroits les plus agréables de Manhattan, Bryant Park. Tout y est propice à la lecture : de la verdure, des chaises, de quoi boire ou manger sur le pouce, des livres et des magazines en libre service. Les arbres et les buildings semblent veiller sur le lieu et étouffent quelque peu le bruit de la circulation. Les étudiants et les promeneurs s’y reposent, bouquinent ou discutent au soleil.

Ce samedi-là pourtant, le calme n’est pas de mise. Les New-Yorkais insatisfaits s’y sont donné rendez-vous pour une manifestation haute en couleur contre les agissements de leur président. Les pancartes rivalisent d’humour cynique dans une ambiance qui reste bon enfant. Plus tard, le cortège remontera la 5ème Avenue jusqu’à la Trump Tower sous l’œil impassible de cohortes de policiers…

Mon tour à New York est terminé. Peut-on dire que j’ai gardé le meilleur pour la fin ? Non, puisque, pour l’Européenne que je suis, tout est incroyable dans cette ville. Une chose est sûre cependant. Le café servi dans un mug de la New York Public Library a un petit goût littéraire incomparable !

Pour en savoir plus (et pour les anglophones) : https://www.nypl.org/help/about-nypl/history (source de cet article pour la partie historique)

Avez-vous déjà visité ce genre de bibliothèques monumentales ? N’hésitez pas à partager vos expériences dans les commentaires, histoire de nous faire rêver !