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Rencontre à “TonBookToo” !

J’ai croisé Valentine pour la première fois lors du salon du livre de Paris, en mars dernier. Le nom de son stand m’a interpelée. TonBookToo. Il faut admettre que c’est original. Une affiche annonçait : « Lire, partager, s’enrichir ». Il n’en fallait pas plus pour que je m’arrête. Bien m’en a pris. J’ai découvert un concept prometteur que Valentine a eu la gentillesse de me présenter quelques jours plus tard dans les locaux parisiens de TonBookToo.

L’idée est de connecter les passionnés de lecture, afin de mieux donner, prêter ou vendre ses livres. Il suffit de s’inscrire sur le site, d’enregistrer le contenu de sa bibliothèque puis d’interagir avec les autres membres. TonBookToo.com vous permet d’identifier les personnes proches de chez vous, prendre contact et créer un lien réel, pour discuter et faire circuler les livres. Vous pouvez ainsi établir votre propre communauté et vous rencontrer « dans la vraie vie » !

Site : www.tonbooktoo.com – Page Facebook : tonbooktooTBT

J’ai demandé à Valentine de nous en dire un peu plus…

Comment est né TonBookToo ?

Le projet est né en 2016. Arnaud Poissonnier, co-fondateur de TonBookToo, baigne depuis toujours dans l’univers du numérique solidaire et de l’économie collaborative. Il a notamment créé le site babyloan.org (leader européen du crowdfunding de micro-crédit) et se bat pour développer les entreprises à vocation sociale et sociétale. A l’époque, il est parti d’un constat : le numérique envahit tous les secteurs mais touche peu le monde du livre. Il y avait là quelque chose à creuser.

Il faut savoir qu’Arnaud est un vrai passionné : chez lui, c’est fabuleux ! Il y a des piles de livres partout, qui servent à tout, même à maintenir le lavabo ! Chez moi, c’est un peu mieux rangé mais ça déborde aussi ! Lui comme moi partageons nos livres de façon quasi instinctive. Lorsque je lis, je pense systématiquement à quelqu’un. A la personne qui pourrait être touchée par cette lecture. Il m’arrive souvent d’envoyer des photos de citations intéressantes. Je transmets tout ce que je lis. C’est une habitude que nous avons en commun.

Arnaud m’a proposé le concept : ensemble nous y avons réfléchi, et l’idée est née, petit à petit. De mon côté, j’étais libre professionnellement ; il n’y avait plus qu’à nous lancer ! Et trouver un nom à notre nouvelle activité.

Puisqu’on en parle… Ce nom surprenant, où l’avez-vous donc déniché ?

Il nous fallait une marque qui ait du sens, qui soit internationale et évocatrice. J’ai passé en revue plusieurs mots liés au concept : bibliothèque, livre, book… A force de les réciter et de farfouiller sur le web, l’expression « TonBookToo » est tombée. J’ai réalisé qu’à l’oral, c’était aussi le nom d’une ville, ça pouvait avoir du sens. Arnaud était enthousiaste. En réalité, Tombouctou, capitale du Mali, est classée au patrimoine mondial de l’humanité, abrite un ensemble de manuscrits d’une valeur inestimable et plus de 60 bibliothèques privées ! Il y a quelques années, les islamistes radicaux ont malheureusement détruit une partie des manuscrits, et le journaliste américain Joshua Hammer a retracé l’histoire incroyable de quelques habitants ayant tout tenté pour sauver ces trésors littéraires (« les résistants de Tombouctou », Joshua Hammer). Bref, tout s’emboîtait parfaitement, nous avions trouvé notre nom.

Le projet était alors sur de bons rails ?

Il restait beaucoup à faire : monter un dossier, réaliser une levée de fonds, sélectionner un développeur pour l’application et un graphiste pour le site. Nous sommes aussi passés par Ulule (site de crowdfunding) pour tester la sensibilité du public à la marque et au concept, et nous constituer une première communauté d’ambassadeurs. Je vous passe les détails. Au bout d’un an et demi, une première version du site était lancée, à destination des particuliers. Mais nous avons poursuivi la réflexion. Il fallait aller plus loin et toucher des populations en manque de lien interpersonnel mais aussi de relations à la culture et la lecture. Pourquoi pas l’entreprise ? On y passe ses journées, on y croise des collègues sans parfois bien les connaître. Pourquoi ne pas partager autre chose que des tableaux Excel et des heures de réunion ? Certaines entreprises ont une armoire bibliothèque, mais cela nécessite une certaine organisation et l’implication d’une personne gérant les emprunts. Nous avons donc adapté le concept.

Le site actuel s’adressant à la fois aux particuliers et aux entreprises a été lancé début 2018 avec un premier objectif, le salon du livre Paris.

L’événement vous a-t-il été utile ?

Oui, l’expérience a été particulièrement enrichissante. Nous avions une belle marque, il fallait aller au contact du public. Les gens sont noyés sous les informations ; nous devions nous faire connaître. Nous devions échanger avec les personnes acceptant de s’inscrire et celles adhérant au concept mais ne souhaitant pas franchir le pas. Il était important de connaître leurs attentes. Bien sûr notre stand n’a pas été bondé pendant les quatre jours qu’a duré le salon, mais nous avons fait de très belles rencontres. L’ambiance était plutôt bon enfant.

Plusieurs éditeurs sont venus nous parler. Pourtant beaucoup nous avaient mis en garde : « vous allez vous les mettre à dos, vous êtes concurrents », etc. Eh bien non ! Nous représentons surtout une offre complémentaire. De toute façon, ce qu’on fait, ça existe déjà ! Il existe des sites qui revendent des livres d’occasion, des sites qui louent des livres, des sites qui donnent des livres, des sites qui troquent des livres… Et des réseaux sociaux autour du livre. Nous avons simplement écarté ce dernier aspect car c’est un métier à part entière, et regroupé les différents modes de transaction : je vends, je prête, je donne. Avec en prime la création d’une vraie rencontre, en face-à-face. Nous servons d’intermédiaire. Il s’agit de remettre le numérique au service du papier et de l’être humain. Le replacer dans son rôle d’outil, d’accélérateur de partage. Nous voulons aider à créer du « vrai lien ».

Au départ, il y a un peu d’effort à fournir : enregistrer les 150 livres que vous avez à la maison, convenir de rendez-vous, puis accepter d’attendre 5 minutes dans le métro que l’autre personne arrive pour lui remettre le livre promis. Et le tour est joué ! Autre exemple : vous pouvez échanger vos lectures dans les réunions de famille si vous créez une communauté au sein de votre cercle privé. TonBookToo vous permet de visualiser la bibliothèque de vos contacts et demander l’accès à des livres qui, sinon, continueraient à prendre la poussière jour après jour !

Le service est aujourd’hui proposé à 19€ pour une année complète, un peu comme une inscription à la bibliothèque. Pour les entreprises, le tarif varie en fonction du nombre de salariés.

Et la suite ? Comment voyez-vous l’avenir du site ?

Les idées ne manquent pas. Nous pensons par exemple à impliquer les librairies de quartier pour les aider à dynamiser leurs activités. Certaines personnes aiment échanger les livres mais n’en continuent pas moins à acheter du neuf. De toute façon, il faut bien renouveler l’offre ! Mais cet aspect n’est pas encore développé, c’est à venir…

Le plus urgent aujourd’hui est de collecter les retours des premiers utilisateurs. Il y a de nombreux aspects à améliorer, notamment l’application pour Smartphone. Aujourd’hui, elle permet surtout de scanner les livres (c’est plus rapide que via le site), et valider les transactions. Au moment où vous remettez un livre, vous validez l’opération sur votre téléphone et l’ouvrage disparaît de votre bibliothèque. Mais nous voulons encore améliorer cette appli en permettant la création des comptes personnels sans passer par le site. Bref, il faut rester à l’écoute, il y aura encore de nombreux changements positifs !

Vous êtes vraiment passionnée ! Je suis donc très curieuse, que lisez-vous ?

Je ne suis venue à la lecture que sur un tard. J’ai même fait des études littéraires sans lire un seul bouquin de toute ma scolarité ! Je lisais quelques pages au début, quelques pages au milieu, puis le dernier chapitre. Pour le reste, j’étais très douée pour inventer des histoires… [Rires]

Mais c’est vrai, aujourd’hui, je suis passionnée. Le premier livre qui m’a happée, c’était une dystopie : « la sélection », de Kiera Cass. En gros, c’est un mélange de Miss France et de « Hunger Games » ! Le monde a explosé, il s’est reconstruit en faisant les mêmes erreurs et la famille royale organise une sélection pour établir des alliances, etc. C’est formidable !

Malheureusement les dystopies ne se trouvent qu’au rayon ados. Il y en a peu de vraiment élaborées. Il y a « les anciennes », comme « 1984 » de Georges Orwell. Mais ensuite on se dirige rapidement vers la science-fiction. Je préfère la vraie dystopie. J’ai découvert ce genre grâce à ma sœur, qui en est fan. Bien sûr, nous nous prêtons nos découvertes…

Et puis j’aime aussi les romances, celles qui sont particulièrement cyniques et épicées. Plus c’est ridicule, mieux c’est ! Ça me fait rire ! Dans le genre, la série des « Beautiful » (Christina Lauren) est très connue ; les trois premiers sont bons, mais le reste… J’aime aussi la série des « Fight for love » (Kary Evans) qui nous emmène dans l’univers de la boxe. Ou bien les romans « Intrépide », « Insatiable », « Indécise » (S.C. Stephens). Là, c’est l’univers de la musique. Ce que j’aime, c’est qu’à chaque fois l’histoire se tisse et l’auteur parvient à nous plonger dans des mondes que l’on ne connaît pas. C’est ma manière de voir la lecture et le divertissement en général : je recherche ce qui me sortira du quotidien.

Y a-t-il un livre qui vous ait particulièrement marquée ?

Oui, « la liste de mes envies » de Grégoire Delacourt. Je l’ai lu en deux heures et j’ai pleuré du début à la fin ! Ensuite, je prête et je fais pleurer les copines…

Il y a aussi « Et puis, Paulette », de Barbara Constantine. C’est génial ! C’est l’histoire d’une grand-mère qui ne peut plus se débrouiller toute seule et qui va se lier avec un voisin, une jeune fille paumée, un gars dans les travaux agricoles… Créer du lien… Encore et toujours !

Si vous étiez l’héroïne d’un roman, qui seriez-vous ?

Je serais l’héroïne d’une dystopie ! Fatalement !

Ecrivez-vous ?

Je n’y arrive pas ! J’ai des millions d’histoires en tête, j’adore ça, j’aimerais écrire. Mais je ne parviens pas à coucher mes idées sur le papier. Dans mon boulot, au quotidien, je suis très douée pour corriger, réorganiser, auditer, tout ce que vous voulez, mais partir d’une page blanche, ce n’est pas possible. Je bloque…

Que souhaitez-vous transmettre à travers toutes vos activités ?

Transmettre… C’est partager. Lorsque quelque chose s’impose à nous, en bien ou en mal, on a toujours tendance à penser qu’on est seul. Ça nous arrive et on ne parvient pas à en parler. On n’ose pas déranger les gens dans leur vie, dans leur propre mouvement. Et puis un jour, on se rend compte que d’autres personnes ont vécu la même chose que nous. Et on se dit : « si je l’avais rencontrée à ce moment-là, ma vie se serait déroulée autrement. »

Et je trouve que la lecture, et le fait de partager ce qu’on a aimé, c’est le premier pas vers l’arrêt de ce cercle vicieux où l’on se sent seul en permanence.

***

Jolie philosophie, n’est-ce pas ?

TonBookToo, c’est aussi une équipe. Avant de repartir, j’ai encore glané quelques conseils de lecture intéressants…

Mathilde, responsable digital, me confie avoir particulièrement aimé « La vie secrète des arbres », de Peter Wohlleben. Un ouvrage scientifique parfaitement vulgarisé révolutionnant notre perception des arbres…

Anne, responsable commerciale, aime les livres de Jean-Christophe Grangé, et particulièrement « Miserere ». Elle lit également de nombreux auteurs autoédités, dont les livres sont aujourd’hui plus accessibles grâce au numérique.

Une ambiance à la fois dynamique et studieuse… Si le site TonBookToo permet d’aussi belles rencontres, il n’y a plus à hésiter ! Pourquoi ne pas vous inscrire et créer votre communauté, près de chez vous ? Je viens de le faire. Avec un peu de chance, il y aura matière à écrire bientôt un nouvel article ?