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L’Art français de la guerre – Alexis Jenni

L’Art français de la guerre – Alexis Jenni

L’Art français de la guerre, Alexis Jenni

J’ai découvert Alexis Jenni grâce à La Conquête des îles de la Terre Ferme, véritable coup de cœur littéraire. Il fallait donc que je lise L’Art français de la guerre, roman primé et salué par la critique, lauréat du Goncourt en 2011. En l’ouvrant pour la première fois, je n’en savais rien d’autre que le titre. J’ignorais qu’il évoquait l’histoire d’un homme, Victorien Salagnon, militaire français survivant aux guerres, le second conflit mondial, l’Indochine puis l’Algérie. Une époque que j’ai redécouverte, sous un angle nouveau.

Un style dense et efficace

Le style est magnifique. Il respire le Goncourt. Alexis Jenni réussit ce tour de force qui caractérise les grands auteurs : dire ce que d’autres ont déjà répété, mais d’une manière inédite et touchante.

Inédite car le livre ne comporte pas le moindre cliché. Quiconque s’essaie à l’écriture comprend rapidement à quel point il est difficile d’échapper aux expressions toutes faites et aux métaphores usées jusqu’à la corde. Combien il est ardu d’innover dans l’association des mots sans tomber dans le ridicule. Alexis Jenni y parvient parfaitement. On sent le talent et le travail dans ses lignes.

Touchante parce que ses mots font mouche. Ils résonnent tant ils sont précis. Dans ce roman, il est vrai que l’écriture s’endort parfois dans les redites et les longueurs. Mais à la page suivante, elle revit soudain et se déploie, elle porte les idées mieux que le meilleur des orateurs. Elle a du corps. On lirait (relirait) ce livre rien que pour elle.

Je suis restée admirative et terrifiée par ce passage sur la boue d’Indochine. Et cet autre, sur sa forêt. Je n’en partage pas d’extrait, ce ne serait pas lui rendre hommage.

Si le style est à la fois lent et magnifique, la lecture de l’Art français de la guerre n’en est pas moins épuisante. Chaque ligne porte à réflexion, chaque phrase est susceptible de bouleverser. Ajoutez à cela un sujet grave qui résonne autant dans notre passé que notre présent, et vous comprendrez à quel point l’auteur harasse son lecteur. Tristesse, colère, dégoût, révolte. Ravissement, trop rarement. On se surprend à attendre un simple dialogue pour faire une pause.

Un message sans concessions

Alors, finalement non. On ne relirait pas ce livre. Tout au plus quelques extraits. Trop dangereux. Trop dérangeant. La version moderne de cet Art français de la guerre commence dans le maquis, se poursuit dans les colonies, l’Indochine puis l’Algérie. Vingt longues années. On pense que c’est terminé et pourtant cela fermente encore, dans les banlieues françaises ou même la nuit, dans une simple pharmacie. Chaque conflit sème les germes qui engendreront le suivant.

L'Art français de la guerre
La guerre, une tradition française ?
(image serenity_seeker)

Ce livre est une dénonciation féroce et passionnée de la guerre et du racisme. Alexis Jenni en parle comme de la force et de la ressemblance. Le besoin que l’autre soit identique, et s’il est différent, eh bien, la force devient légitime pour l’éliminer. Les deux concepts mis ensemble donnent la colonisation. Et la colonisation, la France s’y est vautrée pendant longtemps. Elle s’y est accrochée, toutes griffes dehors. Elle en a été chassée violemment et a tout ravagé avant de partir.

« Mais ce qu’il aurait fallu, c’était de ne pas y aller. »

Le roman raconte ces vingt années d’étripage et de destruction.

Alors non, on ne relirait pas ce livre. Plus de 600 pages étalant l’absurdité de la pensée humaine et la laideur des actions qui en découlent, c’est long et douloureux. Même si c’est admirablement fait.

Un goût amer

La France est revenue de ses colonies sans que rien ne soit réglé. Elle a ramené dans ses bateaux la violence qui n’a rien résolu mais dont elle ne peut se passer. Elle a rapatrié des soldats en colère et des familles détruites.

Alors le spectre de la force resurgit et le pays continue de vouloir séparer les hommes selon une classification insensée. « Nous » d’un côté, « eux » de l’autre. Mais, dit Alexis Jenni, la France ne se résume pas à un espace clos, un entre-soi sans avenir. La langue commune la définit bien mieux que l’identité ou la race qui « n’existe que si on en parle ».

« La France est l’usage du français. La langue est la nature où nous grandissons ; elle est le sang que l’on transmet et qui nous nourrit. »

Et pourtant les contrôles au faciès se multiplient et, sous la plume de l’auteur, la France prend l’allure d’une nation pré-fasciste.

C’est un livre dur et brutal, qui semble injuste pour le pays des lumières si l’on ignore ce dont il est capable. Je me suis constamment interrogée sur l’intérêt de ne montrer que le côté obscur de la situation actuelle, sans jamais en mentionner le moindre  aspect porteur d’espérance ou même d’humanité. Et puis j’ai pensé à une mise en garde : Attention ! Voilà ce que « l’Art français de la guerre » peut générer lorsque l’on lui laisse libre cours. Voici toutes les horreurs qu’il peut produire. Et cela couve toujours… Ce livre a suscité de nombreuses réactions hostiles ou, à l’inverse, enthousiastes. Quoi qu’on en pense, il a le grand mérite de faire réfléchir son lecteur. Et sans doute était-ce là l’objectif majeur de son auteur ?

L’Art français de la guerre est pour vous si :

  • Vous aimez les écrivains engagés ;
  • La période de décolonisation est restée très confuse pour le collégien que vous étiez et vous aimeriez en savoir plus ;
  • Vous ne craignez pas les pavés, sous toutes leurs formes.

Difficulté de lecture : ***

Le petit plus : Victorien Salagnon n’est pas seulement soldat. Il peint et a accumulé des centaines de dessins, des scènes de guerre et de repos. Alexis Jenni décrit aussi l’art de peindre, dans son caractère universel et salvateur.

***

L’Art français de la guerre, Alexis Jenni
Editions Gallimard, 2011
ISBN : 978-2-07-013458-8
632 pages
Prix Goncourt en 2011

Les Croix de bois : vivre la guerre au fond d’une tranchée…


Que savez-vous de la première guerre mondiale ? Difficile d’imaginer l’horreur de ces quatre années à un siècle d’intervalle. Et pourtant, les archives sont nombreuses. Commémorations, films, expositions se sont succédé depuis plus de cent ans. Roland Dorgeles est un témoin direct. Engagé volontaire en 1914, il nous livre, dans les Croix de bois, une description ultra-réaliste de ce qu’ont vécu les Poilus de l’époque. Un message simple adressé aux hommes d’hier et d’aujourd’hui.

Comment appréhender toute l’horreur de la guerre ?

Il est sans doute facile de retracer le déroulement d’un conflit ou d’en exposer les faits. Mais comment en saisir la laideur ? Impossible de comprendre sans l’avoir vécue, nous dit-on. Dans son roman, l’auteur nous ouvre pourtant les yeux sur la vraie nature de la guerre. Par l’habileté de ses mots, il emmène le lecteur au plus près des soldats.

L’universalité

Le roman débute avec l’arrivée d’un groupe de bleus sur le front. On suit leur installation, leur intégration, leur baptême du feu. Le narrateur, Jacques Larcher, écrivain, est l’un d’eux. Nous sommes dans un village de France situé dans la zone de combats. Aucune indication précise quant au lieu exact ou à la période. 1915 sans doute. Mais cela importe peu. Les scènes décrites par l’auteur se sont produites inlassablement le long de l’immense ligne de front, figée dans la boue année après année. Tous les Poilus auront pu s’y reconnaître. Et le récit de résonner dans le cœur ou la mémoire de quiconque ayant recueilli leurs témoignages…

Le style

Et puis les jours s’organisent, alternativement à l’arrière et dans les tranchées. Le quotidien des soldats est décrit avec précision, sans que rien ne soit omis, des faits de bravoure aux épisodes cocasses que la guerre provoque parfois. Le lecteur est immédiatement embarqué, il va accompagner l’escouade comme s’il en faisait partie. L’auteur fait appel aux cinq sens. On sent l’odeur qui règne dans l’écurie reconvertie en abri de fortune, on frissonne sous la pluie, on entend le vacarme des combats. Sur le front, le vocabulaire se fait plus incisif : ça crépite, ça pioche, ça arrache, broie ou écrase. N’oubliez pas de baisser la tête, sous peine de prendre une balle perdue.

Les personnages

Au fil des pages, vous ferez la connaissance de Fouillard, Bouffioux, Sulphart et les autres. Vous croiserez le planqué, prêt à tout pour échapper au front, le soldat éploré guettant une lettre de sa fiancée, ou bien la grande gueule qui n’hésite pas à critiquer l’autorité militaire. Les origines sociales et géographiques s’entremêlent dans les difficultés et les angoisses quotidiennes. Des hommes attachants par leurs faiblesses, que l’emploi de l’argot rapproche encore du lecteur. Au fil des pages, ils deviennent vos camarades de tranchées et vous maudissez la mort qui les emporte l’un après l’autre. Il en reste bien peu au dernier chapitre…

La guerre est une chose violente et absurde

Vous voilà plongé au cœur du conflit. Les reproches insensés des gradés vous exaspèrent ; leurs décisions déraisonnables vous révoltent. Le premier contact avec la tranchée est un crescendo vers l’horreur. Les bleus perdent leur naïveté. La guerre n’est pas une épopée romantique. Le spectacle grandiose des premières salves d’artillerie se transforme rapidement en une boucherie monstrueuse.

La vie et la mort se confondent. Les cadavres gisent sur la terre et les vivants dorment dans des tombeaux. Les deux mondes se mêlent et se côtoient, ceux qui ont survécu au dernier assaut ne sont qu’en sursis : « c’étaient les morts qui guidaient la patrouille, semblant se passer les vivants de main en main ». Et bientôt vous apercevez l’armée des Croix de bois, si nombreuses et plantées à la hâte. Des cimetières entiers, grossissant au fil des jours, se nourrissant de ces soldats qui les contemplent en avançant vers le front.

L’écriture de Roland Dorgelès se pare d’une poésie dramatique pour que le lecteur saisisse à quel point la guerre est avide de souffrances et de destructions.

Le seul miracle de la guerre

Finalement les chapitres passent et les soldats disparaissent. Quelques-uns pourtant en réchappent et rentrent au pays. Bientôt viendra le temps du bilan. Le temps de l’oubli également, car la vie reprendra ses droits. « L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient. »

Le message de Roland Dorgelès est résolument pacifiste. Les Croix de bois est considéré comme son chef d’œuvre mais il prendra encore plusieurs fois la plume pour dénoncer la guerre et ses instigateurs. Le roman parle des Poilus, de leur mort et de ce qu’ils ont vécu. Il ne s’agit pas de décrire le conflit en lui-même. Qu’importent les causes proclamées de la boucherie. Qu’importent son issue et le vainqueur, s’il existe. Qu’importent l’héroïsme ou la trahison. Cela, les soldats l’ont bien compris et l’auteur le résume dans la conclusion : le seul miracle de la guerre est d’en sortir vivant.

Ce roman a été pour moi une révélation. De la première guerre mondiale, je ne savais que ce qu’on m’en avait appris à l’école. Autant dire, rien. Des dates et des mots devenus les symboles du conflit. Quelques échos et paroles entendues qui sonnaient un peu creux. Rien ne m’avait préparée à contempler ces Croix de bois et comprendre ce qu’elles signifiaient vraiment.

Ce livre est pour vous si :

Eh bien, cette fois, je pense que ce livre est pour tout le monde ! En tout cas, tout adulte désireux de connaître son passé.

Pour d’autres ouvrages liés à la première guerre mondiale, je vous propose de lire l’article sur Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre.

***

Editions Albin Michel, 1919 (1ère publication)

ISBN : 978-2-253-00313-7

287 pages

Prix Femina en 1919

Littérature française

Mon rêve d’or et de neige – Martin Fourcade


Ceux qui me connaissent savent que cet article n’est pas objectif. Ils souriront sans doute à sa lecture. J’ai toujours eu une grande admiration pour les femmes et les hommes d’exception, d’hier et d’aujourd’hui.

A l’heure où j’écris cet article, le sportif Martin Fourcade vient de remporter sa deuxième médaille d’or aux Jeux Olympiques de Pyeongchang, trophée complétant un palmarès déjà plus qu’impressionnant. Il est le Français le plus titré aux Jeux Olympiques d’hiver, notre meilleur bi-athlète, malgré d’illustres prédécesseurs (vous avez peut-être déjà entendu parler de Raphaël Poirée).

Le biathlon ? C’est cette discipline improbable qui allie ski de fond et tir à la carabine. Pour résumer, il s’agit de parcourir des kilomètres à ski (et je ne parle pas de jolies descentes ni de promenades de santé) puis de calmer les battements de son cœur pour tirer et atteindre une cible aussi lointaine que minuscule. Il faut être à la fois endurant, capable d’efforts violents, adroit et maître de soi. Je suis fatiguée rien que d’y penser.

Martin Fourcade a la passion du sport et de la performance. Il aime gagner. Il s’en donne les moyens. Son livre « Mon rêve d’or et de neige » est sorti avant le début des Jeux 2018. Même s’il n’avait déjà plus rien à prouver, parler publiquement de son expérience et de son état d’esprit juste avant la plus belle compétition est sans doute une autre manière de jouer. Il joue, il gagne. Encore !

Pourquoi lire ce livre si on n’aime ni le sport ni les célébrités ? Justement pour cet état d’esprit. Inspirant dans une France qui trop souvent se laisse aller au défaitisme.

« Je ne rêve pas de collectionner les titres, mais je veux gagner chaque fois que je m’aligne au départ. »

Nulle arrogance entre ces lignes. D’ailleurs, vous pouvez chercher, vous n’y trouverez pas la liste des titres et médailles de Martin Fourcade. Là n’est pas le message.

L’homme retrace son parcours, ses doutes et ses espoirs. Des premières glisses aux exploits répétés, il explore les raisons qui le conduisent à se dépasser sans cesse, se relever des déceptions et brandir un poing tantôt triomphant, tantôt rageur. Car rien de grand ne s’accomplit sans douleur. Les désillusions et les échecs sont formateurs. La passion est un formidable moteur. L’un des secrets réside dans le changement et l’amélioration constante, ne jamais rien prendre pour acquis. Tout le monde le sait, mais combien l’appliquent ? Ce livre est un petit « concentré de développement personnel ».

« Ils ne sont pas nombreux, ceux qui ont passé autant de temps que moi à s’exercer ainsi. »

Ces pages sont également un plaidoyer pour le biathlon (puissent-elles inspirer la jeunesse et l’inciter à glisser dans les traces de Martin Fourcade) et le sport en général. Quelques lignes à propos du dopage, que l’athlète condamne sans appel. Ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime à ce sujet ; il est connu pour son aversion vis-à-vis de telles pratiques.

Et l’écriture dans tout ça ?

Vous pensez sans doute que le sportif n’est pas celui qui a tenu la plume. Détrompez-vous. C’est bien son désir et son besoin d’écrire qui sont à l’origine du livre. Martin Fourcade nous explique avoir pris l’habitude de noter ses souvenirs et ses émotions après chaque compétition :

« Je voulais conserver le goût exact du moment, qu’il soit doux ou amer. Figer cette saveur pour ne jamais l’oublier. »

Ecrire, sauvegarder, transmettre. Quand je vous disais que cet homme-là était exceptionnel !

Difficulté de lecture : *

Ce livre est pour vous si :

  • Vous avez déjà vibré devant les exploits de Martin Fourcade et ses comparses (allumez la télé ou rendez-vous sur les sites de biathlon, laissez-vous prendre par l’ambiance et gagner par le suspense. Scrutez la photo finish pour deviner qui sera en or, qui récoltera l’argent, pour seulement quelques centimètres, quelques millisecondes en moins ou en trop ! Emotions fortes garanties !)
  • Vous aimez respirer l’air doux des montagnes et le parfum plus corsé de la compétition
  • Vous voulez en savoir plus sur ce sport passionnant dont les règles sont évoquées brièvement dans l’annexe du livre

Le petit plus : la préface est écrite par Tony Estanguet, autre sportif, triple champion du monde, triple champion olympique en canoë. Voilà qui ajoute un certain crédit au livre…

Deuxième petit plus : le dessin d’une cible de biathlon, grandeur nature. Posez-le à 50m, chaussez vos lunettes et vous commencerez à réaliser l’incroyable performance !

Troisième petit plus : les photos des pages centrales, émaillées de bleu, blanc, rouge, d’or et de neige.

L’étrangère – Valérie Toranian


Aravni est une grand-mère atypique. Elle parle un très mauvais français, cuisine des plats terriblement lourds et fascine sa petite-fille, narratrice et auteure du roman. Car Aravni est arménienne. Etablie depuis longtemps dans la capitale française, elle défend pourtant sa culture avec vigueur face aux manières toutes parisiennes de son entourage. Elle porte un lourd passé ; c’est une rescapée du « génocide arménien ». Que cache donc cette vilaine expression ?

C’est ce que Valérie Toranian tente de mettre à jour, malgré le silence pudique de son aïeule. Par les questions qu’elle lui pose, l’auteure découvre peu à peu ses racines arméniennes, tiraillée entre ses deux familles, l’occidentale et l’orientale. Les deux histoires, celle de la grand-mère, celle de la petite-fille, sont étroitement imbriquées tout au long du livre. Elles se rejoignent et s’entremêlent.

La vie d’Aravni est tragique et déroutante. Le roman met en lumière les comportements des uns et des autres et le lourd héritage légué aux descendants.

Cent ans après les faits, les Arméniens se battent toujours pour que soit reconnu le génocide.

« Je voudrais être juive parce que c’est comme être arménien avec la reconnaissance en plus. (…) Le fait que les Turcs refusent jusqu’à aujourd’hui de reconnaître le génocide des Arméniens rend fou. »

Comme beaucoup, vous en avez peut-être entendu parler, sans vraiment en connaître les détails. Voici l’occasion d’entendre la voix d’un peuple méconnu et de mieux comprendre le conflit historique qui l’oppose aujourd’hui à la Turquie. Le 24 avril est jour de commémoration et 2015 fut l’année du centenaire (le livre est sorti peu après cette date)

Le roman propose également une réflexion sur la genèse des exterminations de masse.

« L’entreprise d’extermination totale passe par la déshumanisation des victimes : faites-en des animaux, hagards, prêts à tout pour survivre (…)

Ma grand-mère, drapée dans son admirable orgueil, son diplôme collé à la peau  refusait de devenir la bête qu’ils voulaient qu’elle devienne. »

Qui ne s’est un jour posé cette question : « comment de telles horreurs peuvent-elles être commises ? justifiées ? ou simplement imaginées ? » Le livre fait bien sûr écho à ce que l’Europe a connu quelques années plus tard, à d’autres terribles convois de la mort. Autre peuple, autre période, même souffrance.

Et cette Histoire, qui, aujourd’hui encore, ne cesse de se répéter…

Difficulté de lecture : *

Ce livre est pour vous si :

  • Vous aimez les témoignages romancés
  • Vous voulez en savoir plus sur cette page sombre du vingtième siècle
  • Vous êtes curieux de la lointaine Arménie. Vous découvrirez dans le livre un peuple et une culture colorés, aux valeurs fortes et persistantes

Le petit plus : les tire-bouchons, biscuits salés en forme de tresse cuisinés par la grand-mère, et que la narratrice adore.

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Paru aux éditions Flammarion, 2015

ISBN : 978-2-0813-6329-8

238 pages

Littérature française

Grand prix 2015 de l’héroïne Madame Figaro

Deux aventuriers d’exception : Mike Horn et Bernard Ollivier


Vouloir toucher les étoiles – Mike Horn

Il y a des hommes dont les rêves dépassent les sommets de l’Himalaya. Des hommes qui repoussent sans cesse leurs limites, non par orgueil, mais simplement pour vivre plus intensément. Des hommes dont les exploits sont étourdissants.

Mike Horn est de ceux-là.

Vous avez peut-être déjà croisé son visage dans les médias. Au fil des ans sa notoriété a grandi, tant ce qu’il a accompli ne pouvait passer inaperçu. Et si j’use et abuse des superlatifs, c’est que je suis restée époustouflée par son dernier livre « Vouloir toucher les étoiles ».

L’aventurier nous y raconte son dernier pari (par « dernier », j’entends « le dernier en date » : nul doute qu’il y en aura d’autres !) : enchaîner quatre 8000 sans cordes et sans oxygène. 8000 ? C’est ainsi qu’il nomme les sommets de plus de huit mille mètres d’altitude. Les pics de l’Himalaya ne se laissent pas facilement approcher et rares sont les élus qui parviennent sur le toit du monde. Avalanches, crevasses, chutes de pierre, froid mortel, manque de pression et d’oxygène, folie des hommes ; le danger est à chaque pas. L’auteur est alpiniste débutant (c’est lui qui le dit) mais ne manque pas de ressources. Il puise dans son expérience unique de la nature, des éléments et de son propre corps. Il grimpe. Il regarde le ciel. Et puis il redescend.

« C’est ma règle de vie désormais : partir pour revenir. »

Redescendre, rentrer vivant, retrouver les siens : il n’y a pas d’autre option ! Avez-vous une idée du nombre d’aventuriers, parfois malchanceux, parfois inconscients qui, chaque année, vont au bout de leur passion et ne reviennent jamais ?

« La présence de la mort renforce le goût de la vie. »

Entre deux chapitres de haute montagne, Mike Horn retrace son enfance, son parcours hors du commun et ses débuts en tant que spécialiste de l’extrême. Une histoire passionnante et touchante. Plus qu’un récit de vie, c’est une philosophie qu’il nous livre.

« Partir à l’extérieur, le plus loin possible, au-delà du mur, pour m’enrichir de l’intérieur, voilà qui donne un sens profond à mon existence. »

Quelques phrases simples et sans fioritures. Des principes de vie authentiques et inspirants.

« Chaque pas devient pénible mais on le réalise avec le seul plaisir de se surpasser. On apprend à aimer les choses que l’on trouve difficiles. »

« Le seul moteur, c’est la volonté. Une volonté tenace, granitique, absolue. »

Au fil des kilomètres marchés, nagés ou escaladés, l’homme a pris conscience de la fragilité de la nature. Ses voyages ont trouvé un autre but : transmettre aux générations futures. Leur léguer une terre saine et l’envie de la préserver. Ni grands discours ni vaine culpabilisation : Mike Horn emmène les jeunes aux quatre coins de la planète pour leur montrer plutôt que théoriser. A n’en pas douter, une méthode plus efficace que bien des promesses politiques !

« Les dangers de la nature ne sont rien comparés aux dangers humains. »

Dans l’interview suivante, vous l’entendrez parler de ses défis et ses motivations : Interview Mike Horn

Difficulté de lecture : *

Ce livre est pour vous si :

  • Vous aimez l’aventure et le dépassement de soi
  • Vous aimez les histoires de haute montagne, vous voulez en savoir plus sur les dangereux records d’alpinisme
  • Vous voulez voyager, respirer l’air frais et prendre un bon bain de nature

Le petit plus : envie de rentrer, mais pas tout de suite ? Vous pouvez réembarquer pour « Latitude zéro » (son tour du monde le long de la ligne d’équateur, en solo et non motorisé), ou « Conquérant de l’impossible » (son tour du cercle polaire arctique). Entre autres ! http://www.mikehorn.com/

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Paru chez XO Editions, 2015

ISBN : 978-2-266-27351-0 (Pocket)

251 pages

Inclus un cahier photos

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Longue marche – Bernard Ollivier

  • Traverser l’Anatolie – Tome 1
  • Vers Samarcande – Tome 2
  • Le vent des steppes – Tome 3

Je profite de cet intermède « aventures » pour vous parler de la longue marche entreprise par Bernard Ollivier il y a quelques années. Tellement longue qu’elle se déroule en trois tomes. Ces livres, je ne les ai pas lus, je les ai dévorés !

L’homme a déjà la soixantaine et entame sa retraite lorsqu’il décide de parcourir, seul et à pied, la mythique route de la soie, d’un bout à l’autre de l’Asie, d’Istanbul à Xian, en Chine. Il vient déjà d’arpenter le chemin de Compostelle et ne compte pas s’arrêter là : il veut aller à la rencontre « des hommes et des civilisations ».

« Et quel chemin est plus inspiré, ardent, porteur d’histoire, que la route de la Soie ? »

12 000 kilomètres sur quatre étés. Les pauses de l’hiver lui permettent de retrouver les siens… et panser ses blessures.

Bernard Ollivier traverse des pays à la fois dangereux et accueillants. Des pays méconnus dont les Occidentaux ignorent tout des coutumes et de l’histoire. Turquie, Iran, Türkmenistan, Ouzbekistan, Chine. Des pays tout aussi inquiétants qu’attirants.

Il repousse ses limites, les pieds abîmés et cloqués, souvent accablé de chaleur, parfois malade ou envahi de solitude. Il affronte les chiens sauvages et les déserts. Il balaie toute l’étendue des comportements humains : violence, trahison, cupidité, suspicion, indifférence, jusqu’à la générosité la plus désintéressée. Il rencontre des hommes et des femmes simples, attentifs et curieux, le cœur sur la main. C’est aussi l’âme humaine qu’il explore au fil des kilomètres.

La marche agit sur l’auteur comme une thérapie. Au seuil de la retraite, il aborde le dernier pan de sa vie et a toujours soif de découverte.

« Ceux qui veulent mourir dans leur lit et ne s’en éloignent jamais sont déjà morts. »

Ce long cheminement lui permet de rêver et s’interroger. Tel un Mike Horn plus tranquille mais tout aussi déterminé, il va de l’avant, avec lenteur, et se perd hors des sentiers balisés de la vie moderne.

« Le voyage à pied, solitaire, place l’homme face à lui-même (…) Les pèlerins se considèrent presque toujours changés après une très longue marche. C’est qu’ils y ont rencontré une part d’eux-mêmes qu’ils n’auraient sans doute jamais découverte sans ce long face-à-face. »

Ce moment de réflexion unique et précieux, il veut en faire profiter aux adolescents en perdition. En 2000, Bernard Ollivier crée l’association Seuil, qui aide de jeunes délinquants à retrouver leur équilibre après « une longue marche » de quatre mois en pays étranger. Les droits d’auteur des trois livres permettent de financer le projet (http://assoseuil.org/)

Là encore, cette philosophie du dépassement de soi trouve son but ultime, la transmission aux générations suivantes.

Difficulté de lecture : **

Ce livre est pour vous si :

  • Vous voulez marcher, savourer et souffrir avec l’auteur, sur les traces de Marco Polo
  • Vous aimez l’aventure
  • Vous aimez l’histoire et les cultures

Le petit plus : l’auteur s’est beaucoup documenté sur les pays traversés. Les livres sont parsemés d’anecdotes et d’informations historiques et géographiques. Sans jamais susciter l’ennui. La trilogie est une merveilleuse manière d’en apprendre un peu plus sur la route mythique, origine de tant de légendes et de fantasmes. Le dernier volume mentionne la bibliographie recommandée par Bernard Ollivier.

Autre petit plus : comment, vous n’avez toujours pas envie de rentrer ? Vous voulez poursuivre le voyage ? Un petit cadeau : un quatrième volume, écrit dix ans plus tard, « Longue marche, suite et fin » C’est un défi supplémentaire que l’auteur a relevé : puisque sa marche initiale avait commencé en Turquie, il fallait qu’il la complète. Par 3000 kilomètres de plus, de Lyon à Istanbul !

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1°) Traverser l’Anatolie

ISBN : 978-2-7529-0078-4 – Editions Phébus, 2000 – 320 pages

2°) Vers Samarcande

ISBN : 978-2-7529-0079-1 – Editions Phébus, 2001 – 309 pages

3°) Le vent des steppes

ISBN : 978-2-7529-0080-7 – Editions Phébus, 2003 – 348 pages

4°) Longue marche, suite et fin

ISBN : 978-2-7529-1069-1 – Editions Phébus, 2016 – 265 pages

Littérature française