Sélectionner une page

Comment choisissez-vous vos livres ?

Chaque année, des centaines d’ouvrages sont proposés aux libraires et mis en rayon. Deux rentrées littéraires, des interviews, des images et des millions de mots lancés à tout va dans les médias pour tenter de nous convaincre. Impossible de tout lire, même pour quelqu’un qui y passerait littéralement sa vie, oubliant de manger et dormir. Il faut donc faire un choix.

Comment faites-vous ?

Dans le cas de ce livre, je ne suis pas influencée par la couverture. Collection blanche de Gallimard. Cette couleur sobre est censée être un gage de qualité et de haute voltige littéraire. Sauf que la haute voltige, parfois, donne mal au cœur.

Le sujet peut-être ? Oui certainement. Il s’agit de la biographie d’Evariste Galois, mathématicien génial dont j’ai croisé le nom lors de mes études et qui, à l’époque m’avait fait bien moins bonne impression qu’aujourd’hui !

Mais bon. J’hésite quand même. Il a y eu un tel raffut autour de ce livre à sa sortie. Et ce genre de tapage a tendance à m’éloigner. Je l’emprunte finalement à la bibliothèque. Me voilà sceptique. Comment résumer une vie, si courte soit-elle, en 167 pages ? D’autre part, j’ai entendu dire qu’on y parlait surtout de la vie de l’homme, et très peu de mathématiques. Dommage, j’avais espéré comprendre sur un tard ces histoires de résolution d’équations qui m’avaient échappé il y a des années.

D’ailleurs, l’auteur du livre explique la raison d’une telle absence :

« Il me faudrait la vulgarisation de la vulgarisation pour y piger quelque chose. »

Finalement, après un ou deux chapitres (par ailleurs très courts), je suis conquise ! Plusieurs biographies ont été écrites sur Evariste Galois mais celle-ci est unique. 167 pages, c’est peu, mais l’essentiel y est.

Ce livre est un condensé de ce que j’aime : un style teinté d’humour subtil, une page d’Histoire, des sciences, de la littérature, une touche de peinture… Magnifique.

Dans ce roman, vous croiserez les grandes figures de la première moitié du XIXe siècle, cette époque où la monarchie tente de reprendre ses droits face à une République qui se cherche. La révolution est encore récente, il est si facile de mettre le feu aux poudres. Evariste Galois s’enflamme, c’est un républicain passionné, il provoque, fait de la prison, tombe éperdument amoureux. Au fond de son cachot, au milieu de ce cahot, il écrit sa théorie, « point d’orgue d’une vie qui fut un crescendo inquiétant, tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques jusqu’à l’effondrement final ».

Incompris et ignoré par ses contemporains, il lègue un héritage à l’origine des mathématiques modernes. A vingt ans. Pas mal, non ?

Quant à l’auteur, François-Henri Désérable, nul doute que son jeune talent nous réserve encore de belles pépites. Son style pourrait être celui d’Evariste : provocateur et sans détours. Son narrateur est insolent, délicieusement agaçant ; il interpelle le lecteur, qu’il imagine lectrice et demoiselle et qu’il ne ménage pas toujours. Ses phrases capturent l’essentiel des vies humaines et l’ambiance d’une époque. Et voilà qu’en 167 pages vous saisissez le message, vous comprenez l’urgence animant ce génie méconnu qui jouait avec les nombres comme les grands romanciers jouent avec les mots.

Une dernière chose… Cherchez donc un portrait d’Evariste Galois sur Internet. Cherchez ensuite la photo de François-Henri Désérable. Rien ne vous frappe ? Si comme le célèbre mathématicien, ce dernier cherche à marquer son temps, léguer une œuvre, laisser une trace, eh bien, il est sur la bonne voie !

« il n’est pas mort. Il est tout entier dans les pages qu’il nous a laissées. »

Difficulté de lecture : **

Ce livre est pour vous si :

  • Vous aimez les mathématiques. Ou pas.
  • Vous aimez l’histoire de France
  • Vous aimez l’insolence

Le petit plus : cette description magistrale de l’un des plus célèbres tableaux du patrimoine français. Je n’en dis pas plus, ce serait vous gâcher le plaisir.

***

Editions Gallimard, 2015

ISBN : 978-2-07-014704-5

167 pages