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Rencontre avec “Secrets d’Auteurs”

Rencontre avec “Secrets d’Auteurs”

Rencontre avec “Secrets d’Auteurs”

Avez-vous déjà entendu parler des « box littéraires » ? Le principe est simple : vous vous abonnez et chaque mois, vous recevez un livre choisi par un libraire, un marque-pages ou un carnet. Je n’avais jamais sauté le pas car ma pile de livres à lire dépasse largement le toit de la maison et je n’ai aucun mal à choisir mes lectures.

Et puis j’ai découvert « Secrets d’Auteurs »… Cette box est différente car le livre du mois est accompagné d’un précieux livret. Nathalie Benveniste y partage le résultat de ses recherches à propos du roman : le contexte de l’histoire, quelques informations historiques, la biographie et le résumé d’échanges avec l’auteur (d’où le nom « Secrets d’Auteurs »), des photos, une playlist de musiques en rapport avec l’œuvre, et de jolies illustrations. Le tout accompagné de quelques surprises… Tous vos sens sont éveillés autour d’un livre.

J’ai donc été curieuse de savoir qui se cachait derrière « Secrets d’Auteurs », et Nathalie a bien voulu répondre à mes questions :

Pouvez-vous vous présenter (ainsi que l’équipe) et nous décrire le principe de « Secrets d’Auteurs » ?

Nous sommes une toute petite équipe. La box a été créée par mon mari et moi, c’est le premier secret ! Rapidement nous avons collaboré avec une jeune femme très douée pour constituer les playlists. Elle travaille dans le domaine musical, c’est une spécialiste, elle est « bac+32 » en musique ! Elle lit le livre, nous propose des morceaux, puis nous échangeons pour définir la sélection adéquate.

Nous travaillons également avec un illustrateur. L’idée était de partir sur quelque chose d’original et de graphique pour réaliser la couverture des livrets. Nous laissons libre cours à son imagination pour en agrémenter le contenu, aux côtés des photos. Sur la box Stephen King, par exemple, il a dessiné un univers un peu étrange, des animaux de la forêt… C’est à chaque fois un travail d’illustration original.

Même chose pour le photographe ! C’est un professionnel extrêmement doué que je connais depuis longtemps. Lorsque nous sommes allés interroger Pierre Lemaitre, Paris était sous la neige, il a pris des photos très spontanées. Ce n’était pas une séance de pose ! Nous voulions que ce soit vivant.

Voilà pour l’équipe. Mon mari gère la partie artistique, les graphismes, la mise en page, l’iconographie, l’aspect créatif. Et moi je rédige le magazine. Je coordonne également le comité de lecture. C’est un groupe composé de personnes de tous âges et de tous horizons, issus ou non du monde du livre, et qui m’aident à définir les sélections.

Une partie de l'équipe de "Secrets d'auteurs" !

Trois membres de l’équipe, de gauche à droite Nathalie Benveniste / Patrick Benveniste / Camille Guitteau (responsable des playlists)

Vous semblez bien connaître le monde du livre. Vous en êtes issue ?

J’ai été élevée dans le milieu du cinéma auquel appartenaient mes parents. Ma mère notamment était scénariste. On peut donc dire que j’ai rapidement été plongée dans l’écriture, le livre et l’adaptation de livres, les rencontres permanentes avec les auteurs. J’ai toujours beaucoup lu, par goût et par hérédité ! L’écriture est également quelque chose de très naturel pour moi. Je n’ai pourtant pas fait carrière dans l’édition. J’exerce d’autres métiers dans la communication, le marketing ou le coaching. Finalement ce sont aussi des activités où l’on écrit beaucoup, que ce soit au sens propre ou qu’il s’agisse d’aider les gens à écrire le prochain chapitre de leur vie ! D’ailleurs, le coaching me pousse à réfléchir à la psychologie des personnages de roman et aux interactions humaines. J’ai beaucoup travaillé sur les problématiques de vie.

De son côté, mon mari vient de la communication publicitaire. Il est habitué à jouer avec les mots, les images et les concepts !

Comment est née l’idée de cette box ?

C’est arrivé l’été dernier… Nous faisions le constat que depuis toujours, notre entourage nous demandait des conseils de lecture. Certaines personnes venaient vers nous car elles avaient été déçues par leurs achats ou étaient déconcertées par la quantité de romans à chaque sortie littéraire. Nous étions en quelque sorte devenus le bureau d’informations culturelles pour notre cercle d’amis ou de confrères. Nous conseillions aussi des expos ou des destinations de voyage. Notre façon de « sélectionner » plaisait. Et tout est parti de là.

Nous adorons lire et communiquer, alors autant transmettre et faire profiter les autres de nos découvertes et nos coups de cœur. Nous ne voulions pas lancer un blog car il en existait déjà beaucoup et nous souhaitions apporter un service à la fois culturel et pratique aux gens. Leur faire gagner du temps. Leur épargner la souffrance du « Zut ! Je n’ai plus rien à lire ! ». Nous nous sommes passionnés pour le concept de lecture enrichie : partir du livre, s’intéresser à l’auteur, faire des ponts avec certaines thématiques, amener des aspects visuels, auditifs ou autres, et rendre tout ça joli et prêt à être livré dans les boîtes aux lettres !

D’après les retours que nous avons récoltés, le concept a permis à certaines personnes de se remettre à la lecture : un livre par mois, c’est ni trop ni pas assez, l’idéal pour s’y remettre, lorsque l’on est très occupé, que l’on travaille, que l’on gère les enfants et que l’on court dans tous les sens ! Par ailleurs, nous avons également de très gros lecteurs qui sont heureux d’en savoir plus sur l’œuvre et ses thématiques, ainsi que sur l’auteur.

Box littéraire Secrets d'Auteurs LaRose L Erdrich

Exemple de la box “Coups de Cœur” – LaRose de Louise Erdrich

Comment choisissez-vous les livres ? Quelle est « votre philosophie » ?

L’idée est de proposer des livres de grande qualité mais toujours susceptible de toucher un large public. Nous voulons mettre en avant de la bonne littérature sans pour autant être élitiste ou inaccessible. Il peut s’agir d’une imagination magnifique, un style poétique, une écriture engagée et percutante, une ambiance intimiste, d’aventures incroyables et bien écrites, etc. Pas de vocabulaire trop basique, de redondances, de clichés ou de lourdeurs. Pas de complaisance nombriliste non plus ! On ne doit pas s’ennuyer ! Il faut que le lecteur soit porté, par l’histoire, la pensée, l’intelligence de la langue, la sensibilité de l’auteur ou la finesse dans les descriptions de la psychologie des personnages.

Tout l’enjeu est de trouver des livres à l’univers et au contexte « puissants ». Des romans susceptibles d’amener des découvertes culturelles suffisamment riches. Il m’arrive de lire des polars que j’apprécie, avec une intrigue bien pensée et des rebondissements mais qui ne comportent pas spécialement d’univers à enrichir ou développer. Si c’est le cas, je ne les retiens pas.

Les sélections sont variées et ne restent pas sans cesse dans le même style littéraire. Je m’attache à proposer des livres récents. Je regarde dans les sorties ce qui me marque, me frappe, m’étonne, ce qui m’éblouit par le style et l’imagination. Il faut bien sûr que ce soit humaniste sans rien de sectaire.

Enfin la box permet d’offrir une ouverture sur la littérature étrangère. Dans ce domaine, certains auteurs passent inaperçus car leurs romans restent moins longtemps sur les tables des libraires. Ils ne bénéficient pas d’une promotion aussi intense que les romans français.

Comment recueillez-vous les secrets de ces auteurs ? Avez-vous des contacts directs ?

Nous avons eu la chance d’interviewer Pierre Lemaitre en direct lors d’une séance de dédicace. Pour les auteurs étrangers, c’est bien sûr plus difficile. J’envoie alors mes demandes aux agents. Les Américains sont très ouverts et réactifs pour ce genre d’échanges. Je suis également en contact avec les éditeurs, notamment en France et leur pose des questions très ciblées. Et je complète ensuite avec les recherches documentaires.

Comment menez-vous ces recherches ?

C’est un énorme travail ! Il faut fouiller, réfléchir, synthétiser. Je retrace le parcours des auteurs, retrouve d’anciennes interviews et ne me contente pas des informations basiques que l’on trouve partout. Il faut aussi choisir les thématiques de façon judicieuse, pour intéresser le lecteur sans pour autant en dévoiler trop sur le contenu du livre. Notre magazine n’est pas voué à spoiler l’œuvre. Il peut être lu indifféremment avant ou après le roman correspondant.

Tout ce travail prend du temps et met la pression car nous n’avons aucune box prête à l’avance. Il faut en sortir deux par mois (la box « polars et thrillers » et la box « coups de cœur »)… C’est un pari un peu fou que nous avons fait !

Extrait du magazine, box littéraire "Secrets d'Auteurs"

Extrait du magazine de la box “Coups de Cœur”, “Les Couleurs de l’incendie”, de Pierre Lemaitre

Comment voyez-vous l’avenir de « Secrets d’Auteurs » ?

Notre problème, c’est que nous avons trop d’idées ! Nous réfléchissons à des évolutions, quelque chose pour les enfants, des évènements pour nos abonnés, etc. Ce n’est pas l’enthousiasme mais les moyens humains qui nous manquent pour l’instant.

Vous aimez lire, c’est sûr ! Que lisez-vous ? Y a-t-il un livre qui vous ait particulièrement marquée ?

Je lis beaucoup de livres sur la psychanalyse. C’est lié à mon métier de coach. Quand j’étais petite, chez mes parents, il y avait des milliers de livres, et je pouvais piocher dans la bibliothèque. J’ai été marquée très jeune par certaines lectures. J’ai lu Freud par exemple, même si, à l’époque, je n’ai pas tout compris.

Dans les émotions de jeunesse, il y a eu Huis-Clos, de Sartre, avec toute la philosophie qui y est rattachée. L’étranger de Camus également. J’ai été marquée par Marx, indépendamment de toute opinion politique. J’ai adoré Proust, Balzac dans l’adolescence. Et puis j’ai lu énormément d’autres choses, comme vous sans doute ! Autant d’auteurs étrangers que français.

Il y a quelques années, on m’a conseillé Le Quatuor d’Alexandrie, de Lawrence Durrell. J’ai trouvé ça sublime ! Je l’ai offert à de nombreuses personnes par la suite.

Pour en revenir à la psychologie, j’aime beaucoup ce que fait Boris Cyrulnik. Il est à la fois drôle et brillant. L’auteur italien Erri De Luca également. Tu, mio est un tout petit livre qui m’a vraiment touchée. J’ai aussi mes auteurs fétiches de polars, comme Jo Nesbo ou Fred Vargas que j’adore ! Et puis la poésie…

Bref, la liste est longue et je poursuis mon exploration !

Si vous étiez le personnage d’un roman, qui seriez-vous ?

Je serais Fantomette ! C’est une super-héroïne capable de changer le monde, le débarrasser de la bêtise, la méchanceté, l’ignorance… Ce qu’on lit étant jeune est toujours très fondateur !

Ecrivez-vous en dehors du magazine ?

J’écris depuis toujours, pour mon plaisir (des nouvelles, des romans commencés jamais terminés, beaucoup de poésie). Je n’ai jamais cherché à publier. Je suis trop occupée !

Quel est votre tout premier souvenir d’écriture ?

Ce sont des poèmes écrits à l’école primaire. J’ai été complimentée et ça m’a beaucoup encouragée. Ensuite il y a eu les fameuses rédactions ! Lorsque l’on écrit en étant jeune, on est totalement libre et affranchi des normes. On fait ce qu’on veut et c’est génial ! Aujourd’hui je coache de nombreux artistes et les pousse à retrouver cette liberté créative.

Avez-vous une routine d’écriture ?

Tout dépend de ce que j’écris. Pour les créations personnelles, j’ai toujours un carnet sur moi pour capter les phrases qui arrivent parfois dans la vie quotidienne, lors d’une expo ou d’une lecture. Il faut les noter avant qu’elles ne s’enfuient ! Sinon j’aime écrire tard le soir ou la nuit, dans le calme.

Pour ce qui est de « Secrets d’Auteurs », je sépare la recherche de l’écriture. Je rassemble les informations, les laisse décanter, et ensuite seulement j’écris, durant des plages de temps assez longues. Je laisse venir l’inspiration. Si rien ne vient, je n’insiste pas.

Pour moi il est important de ne pas écrire dans l’urgence, sinon on produit des choses qui ne sont pas de qualité. Pas de routine au sens premier du terme donc. Il faut rester dans le plaisir, écrire avec spontanéité, quand « ça » vient. C’est sans doute parce que l’écriture n’est pas mon métier premier ; je n’y vois aucune contrainte. Réécrire douze fois le même chapitre pour le peaufiner, quelle horreur ! Bien sûr, je relis mes pages quelques jours après. Si elles me plaisent, tant mieux. Sinon, je les jette ! C’est radical ! [Rires]

Que diriez-vous à une personne qui aimerait écrire mais qui n’ose pas ?

Là je vais répondre en coach ! Dans ce genre de cas, je travaille d’abord sur la cause : qu’est-ce qui fait que la personne n’ose pas ? En général ce sont des peurs (peur d’être jugé, de mal faire, de faire moins bien que x, etc.). Il faut remonter à la source du blocage. Une fois que les peurs sont comprises et levées, tout est réglé !

Que voulez-vous transmettre à travers l’écriture et la box « Secrets d’Auteurs » ?

Faire connaître et transmettre la littérature, c’est faire découvrir d’autres pays, cultures ou époques, c’est pousser la liberté de ton, de pensée, de choix.

La littérature aide à prendre conscience qu’il existe d’autres façons de vivre et d’aimer, d’autres façons d’être amis ou d’éduquer. On découvre beaucoup sur la générosité humaine. Parfois la littérature fait peur, mais elle donne aussi de l’espoir quant à la nature de l’homme. Et de nos jours, c’est précieux.

Il y a aussi le fait de transmettre un plaisir esthétique : jouer avec les mots et l’imagination, sans rester centré sur soi…

Je dirais que cette box est une proposition d’ouverture. L’idée est, en toute humilité, d’aider les humains à grandir en partageant des histoires inédites et de qualité.

***

De mon côté, chaque mois je guette désormais l’arrivée de mon colis littéraire. Aucune déception jusqu’à présent ! Et vous, que pensez-vous de ce type de box ? Etes-vous séduit par le principe de « Secrets d’Auteurs » ? Avez-vous d’autres idées ou envies ? La section « commentaires » est à vous !

Site : “Secrets d’Auteurs” / Page Facebook : “Secrets d’Auteurs” FB

Rencontre à “TonBookToo” !

Rencontre à “TonBookToo” !

Rencontre à “TonBookToo” !

J’ai croisé Valentine pour la première fois lors du salon du livre de Paris, en mars dernier. Le nom de son stand m’a interpelée. TonBookToo. Il faut admettre que c’est original. Une affiche annonçait : « Lire, partager, s’enrichir ». Il n’en fallait pas plus pour que je m’arrête. Bien m’en a pris. J’ai découvert un concept prometteur que Valentine a eu la gentillesse de me présenter quelques jours plus tard dans les locaux parisiens de TonBookToo.

L’idée est de connecter les passionnés de lecture, afin de mieux donner, prêter ou vendre ses livres. Il suffit de s’inscrire sur le site, d’enregistrer le contenu de sa bibliothèque puis d’interagir avec les autres membres. TonBookToo.com vous permet d’identifier les personnes proches de chez vous, prendre contact et créer un lien réel, pour discuter et faire circuler les livres. Vous pouvez ainsi établir votre propre communauté et vous rencontrer « dans la vraie vie » !

Site : www.tonbooktoo.com – Page Facebook : tonbooktooTBT

J’ai demandé à Valentine de nous en dire un peu plus…

Comment est né TonBookToo ?

Le projet est né en 2016. Arnaud Poissonnier, co-fondateur de TonBookToo, baigne depuis toujours dans l’univers du numérique solidaire et de l’économie collaborative. Il a notamment créé le site babyloan.org (leader européen du crowdfunding de micro-crédit) et se bat pour développer les entreprises à vocation sociale et sociétale. A l’époque, il est parti d’un constat : le numérique envahit tous les secteurs mais touche peu le monde du livre. Il y avait là quelque chose à creuser.

Il faut savoir qu’Arnaud est un vrai passionné : chez lui, c’est fabuleux ! Il y a des piles de livres partout, qui servent à tout, même à maintenir le lavabo ! Chez moi, c’est un peu mieux rangé mais ça déborde aussi ! Lui comme moi partageons nos livres de façon quasi instinctive. Lorsque je lis, je pense systématiquement à quelqu’un. A la personne qui pourrait être touchée par cette lecture. Il m’arrive souvent d’envoyer des photos de citations intéressantes. Je transmets tout ce que je lis. C’est une habitude que nous avons en commun.

Arnaud m’a proposé le concept : ensemble nous y avons réfléchi, et l’idée est née, petit à petit. De mon côté, j’étais libre professionnellement ; il n’y avait plus qu’à nous lancer ! Et trouver un nom à notre nouvelle activité.

Puisqu’on en parle… Ce nom surprenant, où l’avez-vous donc déniché ?

Il nous fallait une marque qui ait du sens, qui soit internationale et évocatrice. J’ai passé en revue plusieurs mots liés au concept : bibliothèque, livre, book… A force de les réciter et de farfouiller sur le web, l’expression « TonBookToo » est tombée. J’ai réalisé qu’à l’oral, c’était aussi le nom d’une ville, ça pouvait avoir du sens. Arnaud était enthousiaste. En réalité, Tombouctou, capitale du Mali, est classée au patrimoine mondial de l’humanité, abrite un ensemble de manuscrits d’une valeur inestimable et plus de 60 bibliothèques privées ! Il y a quelques années, les islamistes radicaux ont malheureusement détruit une partie des manuscrits, et le journaliste américain Joshua Hammer a retracé l’histoire incroyable de quelques habitants ayant tout tenté pour sauver ces trésors littéraires (« les résistants de Tombouctou », Joshua Hammer). Bref, tout s’emboîtait parfaitement, nous avions trouvé notre nom.

Le projet était alors sur de bons rails ?

Il restait beaucoup à faire : monter un dossier, réaliser une levée de fonds, sélectionner un développeur pour l’application et un graphiste pour le site. Nous sommes aussi passés par Ulule (site de crowdfunding) pour tester la sensibilité du public à la marque et au concept, et nous constituer une première communauté d’ambassadeurs. Je vous passe les détails. Au bout d’un an et demi, une première version du site était lancée, à destination des particuliers. Mais nous avons poursuivi la réflexion. Il fallait aller plus loin et toucher des populations en manque de lien interpersonnel mais aussi de relations à la culture et la lecture. Pourquoi pas l’entreprise ? On y passe ses journées, on y croise des collègues sans parfois bien les connaître. Pourquoi ne pas partager autre chose que des tableaux Excel et des heures de réunion ? Certaines entreprises ont une armoire bibliothèque, mais cela nécessite une certaine organisation et l’implication d’une personne gérant les emprunts. Nous avons donc adapté le concept.

Le site actuel s’adressant à la fois aux particuliers et aux entreprises a été lancé début 2018 avec un premier objectif, le salon du livre Paris.

L’événement vous a-t-il été utile ?

Oui, l’expérience a été particulièrement enrichissante. Nous avions une belle marque, il fallait aller au contact du public. Les gens sont noyés sous les informations ; nous devions nous faire connaître. Nous devions échanger avec les personnes acceptant de s’inscrire et celles adhérant au concept mais ne souhaitant pas franchir le pas. Il était important de connaître leurs attentes. Bien sûr notre stand n’a pas été bondé pendant les quatre jours qu’a duré le salon, mais nous avons fait de très belles rencontres. L’ambiance était plutôt bon enfant.

Plusieurs éditeurs sont venus nous parler. Pourtant beaucoup nous avaient mis en garde : « vous allez vous les mettre à dos, vous êtes concurrents », etc. Eh bien non ! Nous représentons surtout une offre complémentaire. De toute façon, ce qu’on fait, ça existe déjà ! Il existe des sites qui revendent des livres d’occasion, des sites qui louent des livres, des sites qui donnent des livres, des sites qui troquent des livres… Et des réseaux sociaux autour du livre. Nous avons simplement écarté ce dernier aspect car c’est un métier à part entière, et regroupé les différents modes de transaction : je vends, je prête, je donne. Avec en prime la création d’une vraie rencontre, en face-à-face. Nous servons d’intermédiaire. Il s’agit de remettre le numérique au service du papier et de l’être humain. Le replacer dans son rôle d’outil, d’accélérateur de partage. Nous voulons aider à créer du « vrai lien ».

Au départ, il y a un peu d’effort à fournir : enregistrer les 150 livres que vous avez à la maison, convenir de rendez-vous, puis accepter d’attendre 5 minutes dans le métro que l’autre personne arrive pour lui remettre le livre promis. Et le tour est joué ! Autre exemple : vous pouvez échanger vos lectures dans les réunions de famille si vous créez une communauté au sein de votre cercle privé. TonBookToo vous permet de visualiser la bibliothèque de vos contacts et demander l’accès à des livres qui, sinon, continueraient à prendre la poussière jour après jour !

Le service est aujourd’hui proposé à 19€ pour une année complète, un peu comme une inscription à la bibliothèque. Pour les entreprises, le tarif varie en fonction du nombre de salariés.

Et la suite ? Comment voyez-vous l’avenir du site ?

Les idées ne manquent pas. Nous pensons par exemple à impliquer les librairies de quartier pour les aider à dynamiser leurs activités. Certaines personnes aiment échanger les livres mais n’en continuent pas moins à acheter du neuf. De toute façon, il faut bien renouveler l’offre ! Mais cet aspect n’est pas encore développé, c’est à venir…

Le plus urgent aujourd’hui est de collecter les retours des premiers utilisateurs. Il y a de nombreux aspects à améliorer, notamment l’application pour Smartphone. Aujourd’hui, elle permet surtout de scanner les livres (c’est plus rapide que via le site), et valider les transactions. Au moment où vous remettez un livre, vous validez l’opération sur votre téléphone et l’ouvrage disparaît de votre bibliothèque. Mais nous voulons encore améliorer cette appli en permettant la création des comptes personnels sans passer par le site. Bref, il faut rester à l’écoute, il y aura encore de nombreux changements positifs !

Vous êtes vraiment passionnée ! Je suis donc très curieuse, que lisez-vous ?

Je ne suis venue à la lecture que sur un tard. J’ai même fait des études littéraires sans lire un seul bouquin de toute ma scolarité ! Je lisais quelques pages au début, quelques pages au milieu, puis le dernier chapitre. Pour le reste, j’étais très douée pour inventer des histoires… [Rires]

Mais c’est vrai, aujourd’hui, je suis passionnée. Le premier livre qui m’a happée, c’était une dystopie : « la sélection », de Kiera Cass. En gros, c’est un mélange de Miss France et de « Hunger Games » ! Le monde a explosé, il s’est reconstruit en faisant les mêmes erreurs et la famille royale organise une sélection pour établir des alliances, etc. C’est formidable !

Malheureusement les dystopies ne se trouvent qu’au rayon ados. Il y en a peu de vraiment élaborées. Il y a « les anciennes », comme « 1984 » de Georges Orwell. Mais ensuite on se dirige rapidement vers la science-fiction. Je préfère la vraie dystopie. J’ai découvert ce genre grâce à ma sœur, qui en est fan. Bien sûr, nous nous prêtons nos découvertes…

Et puis j’aime aussi les romances, celles qui sont particulièrement cyniques et épicées. Plus c’est ridicule, mieux c’est ! Ça me fait rire ! Dans le genre, la série des « Beautiful » (Christina Lauren) est très connue ; les trois premiers sont bons, mais le reste… J’aime aussi la série des « Fight for love » (Kary Evans) qui nous emmène dans l’univers de la boxe. Ou bien les romans « Intrépide », « Insatiable », « Indécise » (S.C. Stephens). Là, c’est l’univers de la musique. Ce que j’aime, c’est qu’à chaque fois l’histoire se tisse et l’auteur parvient à nous plonger dans des mondes que l’on ne connaît pas. C’est ma manière de voir la lecture et le divertissement en général : je recherche ce qui me sortira du quotidien.

Y a-t-il un livre qui vous ait particulièrement marquée ?

Oui, « la liste de mes envies » de Grégoire Delacourt. Je l’ai lu en deux heures et j’ai pleuré du début à la fin ! Ensuite, je prête et je fais pleurer les copines…

Il y a aussi « Et puis, Paulette », de Barbara Constantine. C’est génial ! C’est l’histoire d’une grand-mère qui ne peut plus se débrouiller toute seule et qui va se lier avec un voisin, une jeune fille paumée, un gars dans les travaux agricoles… Créer du lien… Encore et toujours !

Si vous étiez l’héroïne d’un roman, qui seriez-vous ?

Je serais l’héroïne d’une dystopie ! Fatalement !

Ecrivez-vous ?

Je n’y arrive pas ! J’ai des millions d’histoires en tête, j’adore ça, j’aimerais écrire. Mais je ne parviens pas à coucher mes idées sur le papier. Dans mon boulot, au quotidien, je suis très douée pour corriger, réorganiser, auditer, tout ce que vous voulez, mais partir d’une page blanche, ce n’est pas possible. Je bloque…

Que souhaitez-vous transmettre à travers toutes vos activités ?

Transmettre… C’est partager. Lorsque quelque chose s’impose à nous, en bien ou en mal, on a toujours tendance à penser qu’on est seul. Ça nous arrive et on ne parvient pas à en parler. On n’ose pas déranger les gens dans leur vie, dans leur propre mouvement. Et puis un jour, on se rend compte que d’autres personnes ont vécu la même chose que nous. Et on se dit : « si je l’avais rencontrée à ce moment-là, ma vie se serait déroulée autrement. »

Et je trouve que la lecture, et le fait de partager ce qu’on a aimé, c’est le premier pas vers l’arrêt de ce cercle vicieux où l’on se sent seul en permanence.

***

Jolie philosophie, n’est-ce pas ?

TonBookToo, c’est aussi une équipe. Avant de repartir, j’ai encore glané quelques conseils de lecture intéressants…

Mathilde, responsable digital, me confie avoir particulièrement aimé « La vie secrète des arbres », de Peter Wohlleben. Un ouvrage scientifique parfaitement vulgarisé révolutionnant notre perception des arbres…

Anne, responsable commerciale, aime les livres de Jean-Christophe Grangé, et particulièrement « Miserere ». Elle lit également de nombreux auteurs autoédités, dont les livres sont aujourd’hui plus accessibles grâce au numérique.

Une ambiance à la fois dynamique et studieuse… Si le site TonBookToo permet d’aussi belles rencontres, il n’y a plus à hésiter ! Pourquoi ne pas vous inscrire et créer votre communauté, près de chez vous ? Je viens de le faire. Avec un peu de chance, il y aura matière à écrire bientôt un nouvel article ?

Rencontre avec Véronique Martin-Place

J’ai rencontré Véronique par un accompagnement à l’écriture. C’est elle qui m’a aidée à faire du tri dans mes recherches généalogiques et écrire l’histoire de mes grands-parents. Nous avons sympathisé et gardé le contact. Pour Une Pile de Livres, elle a accepté de répondre à mes questions sur ses activités littéraires.

  • Peux-tu résumer ton parcours et tes activités ?

Je suis venue à l’écriture par le biais de l’expatriation. Pour des raisons familiales, j’ai été amenée à vivre hors de France, dans des pays aussi variés que la Norvège, le Sri Lanka, les Etats-Unis ou la Chine. Loin de ma région d’origine, j’ai commencé à écrire pour diverses publications et lancé une activité de coach rédactionnel (accompagnement d’auteurs et ateliers d’écritures). L’aspect multiculturel de l’expatriation a été ma première source de création. Aujourd’hui j’explore d’autres idées et aime m’inspirer de faits divers ou de personnages marquants que je croise d’une manière ou d’une autre. Je privilégie de plus en plus l’écriture créative et la transmission via l’enseignement dans des écoles de commerce, de management  ou de communication.

  • Parlons livres… Qu’aimes-tu lire ?

J’aime beaucoup la littérature jeunesse, qui m’offre de précieux moments de partage avec ma fille aînée. Elle lit beaucoup, intensément, et me donne des conseils. Grâce à elle, je découvre des auteurs et de nouveaux genres. J’ai deux ados à la maison, c’est donc l’occasion de lancer des débats en famille sur des sujets qui les touchent. Je vois de quelle manière elles se projettent, et compare avec l’ado que j’étais autrefois. Cet âge est la première grande période de transition, mais certainement pas la dernière au cours d’une vie. C’est pourquoi les sujets abordés par ce type de littérature sont si universels !

Pour le reste, je lis surtout des auteurs féminins. J’aime Delphine de Vigan. Récemment j’ai découvert Elena Ferrante. Actuellement je lis « Chanson douce » de Leïla Slimani. Et Annie Ernaux est mon auteur fétiche.

  • Y a-t-il des livres qui t’ont particulièrement marquée ?

Dans la catégorie jeunesse, j’ai beaucoup aimé « Inside out and back again », de Thanhha Lai. Il s’agit d’un enfant fuyant le Vietnam, qui arrive aux Etats-Unis via les boat people et découvre ce nouveau pays. C’est l’histoire d’une immigration écrite sous forme de prose poétique.

J’ai aimé également « Une odeur de gingembre » d’Oswald Wynd, et « La couleur des sentiments » de Kathryn Stockett.

On retrouve à chaque fois la thématique du multiculturel ou de la transition culturelle. C’est vraiment quelque chose qui me passionne.

  • Si tu étais le personnage d’un roman, qui serais-tu ?

Eh bien, justement, je serais Skeeter, la jeune fille qui pousse les bonnes à écrire dans « La couleur des sentiments ». C’est elle qui suscite l’écriture, qui les fait exprimer leur quotidien de femmes de couleur. Cette collaboration est aussi le catalyseur qui lui permet d’entamer sa propre carrière.

  • Quel est ton tout premier souvenir d’écriture ?

Je sais que gamine, j’écrivais des poèmes. Un jour ma maman m’a demandé : « C’est vraiment toi qui l’as écrit ? » après avoir lu l’un d’eux. Son étonnement m’a marquée et encouragée.

Un autre souvenir positif à propos de l’écriture remonte à mes années d’étudiante. En discutant avec d’autres doctorants, j’ai compris que ces derniers renâclaient à l’idée de devoir écrire leur thèse. De mon côté, je voyais cette phase de la thèse comme une libération. Mes recherches, ma réflexion se concrétisaient enfin, elles prenaient vie !

  • Que dirais-tu à une personne qui aimerait écrire mais qui n’ose pas ?

Je lui conseillerais de s’inscrire dans un atelier d’écriture. Cela permet de se lancer, de passer à l’action. C’est un partage au sein d’un groupe, sans jugement. Un bon atelier est bienveillant. Il encourage et donne l’envie de continuer.

  • As-tu une routine d’écriture ?

Oui, quand je travaille sur un projet particulier. Dans ce cas, j’essaie d’écrire trois heures par jour et je me fixe des objectifs à l’aide de mon synopsis (mon schéma narratif est découpé en objectifs). Je m’efforce de terminer la première version le plus vite possible.

Pour ce qui est de l’aspect matériel, je m’isole, chez moi, avec une tasse de thé, mon ordinateur, des feuilles et un stylo pour m’aider à y jeter les premières notes.

  • As-tu parfois l’angoisse de la page blanche ?

Pas vraiment. Mais je me demande toujours si je vais réussir à écrire le livre suivant, à mettre en place tous les éléments nécessaires pour me lancer dans un nouveau projet. Il faut trouver du temps, enclencher le mécanisme, s’organiser, mettre certaines choses entre parenthèses, faire des choix. Ce n’est pas si simple.

  • As-tu des projets d’écriture en cours ?

Je travaille sur un projet d’anthologie. J’en suis l’initiatrice mais travaille avec d’autres personnes. Il faut trouver des contributeurs et contributrices, donc c’est assez long.

Et puis j’ai démarré un autre livre pour la jeunesse. J’en ai déjà écrit le premier chapitre.

  • Que souhaites-tu transmettre par l’écriture ?

J’ai déjà beaucoup écrit sur le thème de l’expatriation.

Les expatriations sont des transitions de vie qui peuvent faire peur. Mon but est de faire comprendre que l’on en sort toujours grandi d’une manière ou d’une autre. Il faut accepter de prendre des risques, sortir de sa zone de confort et aller vers les autres. Il faut rester dans l’action et tenter de nouvelles choses.

Mon dernier livre « Journal d’une ado expatriée » explique comment l’héroïne Léa vit cette expérience et l’aborde notamment par le biais de l’écriture (http://writerforever.com/livres/livre-jeunesse.html)

Site : http://writerforever.com/

Que diriez-vous de découvrir ce livre jeunesse ? Voici ce qu’en a pensé Laurine, 14 ans :

Le « journal d’une ado expatriée » de Véronique Martin Place est un livre qui raconte une partie de la vie d’une adolescente de 13 ans, Léa. Cette dernière déménage à Chicago, loin de la France, son pays natal. Elle quitte donc ses copines, ses copains et son amoureux.

Ce livre est pareil au journal intime que tiennent la plupart des adolescents. J’ai été agréablement surprise car il présente très bien ce que peut penser une ado de cet âge. Il est également très réaliste puisque quand on plonge dedans, on se rend compte que cela peut nous arriver, ce qui nous amène à mieux comprendre ce que ressentent les personnages.

Pour ce qui est de la forme du livre, j’ai vraiment apprécié les petites notes dispatchées un peu partout. Elles amènent un côté à la fois amusant et instructif.

Je pense que si vous voulez faire lire votre adolescente, c’est un bon livre à lui proposer car elle se reconnaîtra dans le personnage principal qui est Léa. De plus, c’est un livre facile et agréable à lire.

 

Etes-vous prêt à embarquer pour Chicago ?

 

Rencontre avec Valérie Renard (“Le Bateau Plume”)

J’ai rencontré Valérie à Lille, lors d’une journée organisée par BOD à propos de l’autoédition. Il n’a pas été difficile de lui parler, c’est une personne pleine d’entrain, dont l’enthousiasme est communicatif. L’envie d’écrire prend parfois des chemins inédits. Valérie peut en fournir la preuve. Pour Une Pile de Livres, elle retrace son parcours et nous parle de son nouveau projet, original, qui allie les mots et le dépaysement. Parce qu’il est parfois nécessaire de sortir du quotidien pour laisser libre cours au rêve et à l’écriture…

  • Peux-tu résumer ton parcours et ce qui t’a amenée à l’écriture ?

L’envie d’écrire est venue grâce au voyage. Il y a quelques années, mon mari et moi avions embarqué nos enfants dans un périple en voilier le long des côtes ibériques. Au plein cœur de l’hiver, nous sommes restés amarrés trois mois sur les bords du Guadiana, fleuve frontière entre l’Espagne et le Portugal. Nous vivions des moments tellement forts que j’ai eu envie d’en immortaliser certains épisodes. J’ai alors lancé un premier atelier d’écriture avec d’autres voyageurs motivés par l’idée. Nous avons écrit des histoires imaginaires mais aussi sur tout ce qui nous arrivait de fantastique sur le fleuve. C’était fabuleux !

Après une année de navigation et de rencontres, il a fallu reprendre une vie normale. Ce retour à la réalité doublé d’un coup dur au niveau personnel m’ont contrainte à rester alitée pendant quatre mois avec une terrible hernie discale. Il fallait que je trouve quelque chose pour sortir de la déprime ! J’ai alors repris le journal de bord écrit pendant le voyage, je l’ai retravaillé et me suis dépêchée d’en tirer vingt-cinq exemplaires à mettre au pied du sapin (pas facile de faire les courses de Noël lorsqu’on est incapable de se lever !) Le livre a beaucoup plu. Je me suis alors lancée dans l’auto édition et ai assuré sa promotion pendant l’année qui a suivi, courant de salon en dédicace.

Cette expérience m’a ouvert de nombreuses portes. Grâce à elle, j’ai rencontré des gens, je me suis recentrée et ai retrouvé des valeurs que j’avais sans doute oubliées. De fil en aiguille est née l’idée de créer et développer d’autres activités en parallèle de mon activité professionnelle, des activités qui donneraient du sens à ma vie. Un nouveau projet a germé et a vu le jour : le « bateau plume ».

  • Peux-tu nous décrire ce nouveau projet ?

Le « bateau plume », c’est une foule d’idées qui rassemblent! C’est d’abord un voilier qui accueillera bientôt des ateliers écriture. Organisés au départ du bateau, dans un café de pêcheurs ou si possible après une courte navigation, sur une île, ces ateliers inviteront à déconnecter et à se libérer des tensions quotidiennes. De temps en temps, le « bateau plume » prendra aussi le large rien que pour des initiations à la navigation ou aux techniques de navigation.

Dans les deux cas, les activités seront prétextes à la rencontre, l’échange et la découverte d’une région naturelle magnifique : la Zélande (non, ce n’est pas cette île du sud du Pacifique, mais bien une région du sud des Pays-Bas).

Le « bateau plume » c’est une explosion de plaisirs, un endroit de rêve pour trouver l’inspiration et s’évader quelques jours.

Pour concrétiser ce projet, nous avons lancé une campagne de crowfunding sur le site Ulule (ce principe permet aux personnes de nous soutenir tout en bénéficiant de sympathiques contreparties liées au projet. Si vous voulez en savoir plus, c’est par ici  fr.ulule.com/bateauplume/)

  • Quel est ton tout premier souvenir d’écriture ?

Ma toute première expérience est un poème que l’école avait mis en musique. J’avais 12 ans. Ensuite ce sont les nombreuses lettres que j’écrivais à l’internat à mes amoureux. Et puis j’ai continué à beaucoup écrire pendant mon séjour aux Etats-Unis. C’était il y a plus de trente ans. A l’époque, pas d’Internet et le téléphone coûtait cher. Alors j’écrivais des lettres. Des pages et des pages à mes parents ou amis ! Plus tard, j’ai également écrit à mon futur mari parti pour six mois en Somalie avec « Médecins sans frontières » . Il est encore question de voyage !

  • Que dirais-tu à une personne qui aimerait écrire mais qui n’ose pas ?

« Fonce Alphonse ! »

Plus sérieusement, je lui dirais qu’il faut dépasser ses craintes et ne pas tenir compte du regard des autres. Il faut avant tout écrire pour soi et pour se faire plaisir, sans attentes particulières. Surtout ne pas se sentir découragé devant l’ampleur de la tâche mais faire les choses pas à pas. Faire confiance à la vie et garder ses mirettes grandes ouvertes pour profiter de chaque opportunité qui se présente. Et surtout aller au bout de ses envies et de ses rêves! C’est une expérience à la fois extraordinaire et magique !

  • As-tu une routine d’écriture ?

Même s’il est vrai que depuis un an, je me livre à de plus en plus d’activités d’écriture, je n’ai pas vraiment de routine. J’ai rédigé des articles historico-touristiques et collaboré à des blogs de voyage. Je pense aussi à un nouveau livre…

Pour écrire, j’ai besoin de m’isoler, d’être ailleurs que chez moi. Je passe une musique douce, me prépare une tasse de thé. Ce sont de petites choses qui me motivent. Je préfère m’y adonner le matin, très tôt.

Le dépaysement qui permet d’écrire, c’est aussi le concept du « bateau plume ». Pouvoir s’isoler du train-train quotidien, les enfants, le travail, les courses !

  • As-tu parfois l’angoisse de la page blanche ?

Pas vraiment. Je n’écris pas sur des sujets totalement inventés. Je pars toujours du vécu et n’ai pas besoin de beaucoup d’imagination pour trouver une histoire. Je muris quand même souvent le projet quelques semaines avant de me lancer. Le plus difficile c’est toujours le premier pas mais ça ne dure jamais longtemps. Même si je ne suis pas satisfaite du résultat, je « couche » très vite les premiers mots sur l’écran. C’est plus facile de corriger les idées par après.

J’ai aussi expérimenté l’écriture en groupe et je trouve que c’est très stimulant et motivant !

  • Parlons livres… Qu’aimes-tu lire ?

J’aime beaucoup les livres de développement personnel, les livres qui font du bien et sont positifs. Il ne s’agit pas forcément d’histoires au sens courant du terme, mais d’écrits qui ont du sens et parlent de personnes qui se dépassent et relèvent des défis.

  • Y a-t-il des livres qui t’ont particulièrement marquée ?

Oui, il y a un livre en particulier que j’ai lu il y a quelques temps : « Changer d’altitude », de Bertrand Piccard. Il donne de l’énergie et de l’espoir. Il remet les choses à leur juste place. C’est plein de bon sens !

  • Si tu étais le personnage d’un roman, qui serais-tu ?

Ce ne serait pas un personnage de roman mais j’aimerais être aussi sage et zen que Bertrand Piccard, pour le citer à nouveau. Ou Christophe André. Ou bien le Dalaï-lama ! Bon je m’entraîne, hein !

  • Que souhaites-tu transmettre via l’écriture et ton nouveau projet ?

J’aimerais transmettre toute l’énergie, l’optimisme, le positivisme que je peux avoir ! Partager le rêve. Accompagner ceux qui ont peur de se lancer, qui se donnent toujours de « bonnes » excuses pour ne pas aller au bout de leurs rêves ou envies. Les encourager : on trouve toujours des solutions !

Dans mon futur atelier d’écriture, je souhaite réunir des personnes motivées par une même envie, une même passion, favoriser le partage et l’échange. Que chacun puisse y écrire selon son cœur ! Et puis, ces ateliers auront lieu dans un endroit tout à fait hors du commun, sur une île de Zélande (à seulement 2h de Lille !), un coin où je pourrai aussi faire découvrir la gastronomie locale, les villages et villes intéressantes… Cette activité dépasse de loin le simple atelier d’écriture !

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Site : https://www.bateauplume.be/

Page Facebook : Facebook Valérie Renard

Ecrire avec Bernard Werber

Même si vous n’aimez pas lire (un peu quand même puisque vous êtes sur cette page), il est fort probable que quelqu’un vous ait déjà parlé du fameux « livre des fourmis ». Celui écrit par Bernard Werber. Il s’agit en réalité d’une trilogie, dont le premier tome, « Les Fourmis » donc, a connu un succès retentissant en 1991 (si l’on ne craint pas les anachronismes, on peut dire qu’il a fait le buzz). D’ailleurs, on en parle encore aujourd’hui. Tout l’intérêt du roman résidait dans le fait qu’il donnait le point de vue de ces êtres minuscules, en parallèle avec celui des humains. Du jamais vu à l’époque (ou alors, rarement). Comme beaucoup, je me suis passionnée pour l’histoire de n°327 (fourmi guerrière) et de ses congénères.

Bien d’autres romans de l’auteur ont suivi depuis, plusieurs trilogies, tous abordant des thèmes plutôt classiques avec une originalité sans pareil (la mort, les Dieux, le rire, etc.) Je vais être honnête, j’ai d’abord été enchantée, et puis je me suis lassée, abandonnant l’auteur à sa « troisième humanité ». Il y avait là trop de raccourcis et d’incohérences pour la scientifique pragmatique (mais néanmoins amateur de fantastique) et amoureuse des mots que je suis.

J’ai pourtant toujours reconnu à Bernard Werber une imagination impressionnante et le talent précieux de raconter des histoires, créer et maintenir le suspense. Si vous ne l’avez jamais lu, tentez l’expérience !

Où donc trouve-t-il toutes ces idées ?

C’est pour tenter de répondre à cette question que je m’inscris à la master class organisée par l’auteur au mois de mai, à Paris. Trois heures de discussion et d’échange avec le public, au théâtre les Feux de la Rampe, par un bel après-midi ensoleillé. 130 personnes ont, comme moi, préféré l’obscurité d’une salle de spectacle aux joies du grand air. Preuve que l’écriture attire.

Lorsque le rideau s’ouvre, Bernard Werber apparaît, avec un ordinateur et un écran. L’assemblée est prête pour un atelier d’écriture original.

Premier constat, l’homme est particulièrement sympathique et proche de ses lecteurs. Beaucoup d’humour et d’humilité. Sans chichis, il nous livre sa vision de l’écriture et de la littérature. Il instaure un dialogue, posant d’incessantes questions à l’assistance : « avez-vous déjà terminé et soumis un manuscrit ? Combien de livres lisez-vous chaque année ? Connaissez-vous tel ou tel roman ? » Il s’intéresse, et c’est plaisant.

C’est alors que démarrent les exercices d’écriture.

Ces intermèdes ponctuent l’exposé. Une douzaine en tout. Ils illustrent les propos de l’auteur tout en permettant de les appliquer sur un exemple concret. Il s’agit d’écrire quelques lignes en une minute, en suivant la consigne. Puis les volontaires (et uniquement les volontaires) livrent leurs trouvailles au reste du public. Le premier exercice donne le ton, et le fil rouge de l’atelier : pour prouver qu’il est possible d’écrire sur tout, l’auteur nous demande de proposer les sujets les plus inintéressants qui soient. L’assemblée vote en majorité pour « la vie d’un coton-tige »…

Croyez-moi ou non, ça fonctionne ! Les apprentis écrivains se prennent au jeu, se lancent et lisent leurs lignes en y mettant le ton. Ni pression ni concurrence, l’ambiance reste bon enfant. Je suis abasourdie par l’esprit dont les participants font preuve. Et la qualité de ce qu’ils écrivent augmente au fil du jeu. Notre valeureux coton-tige devient le héros d’aventures inédites : il est tour à tour jouet du chat, allumette pour chauffe-eau fatigué, arme du crime, machine à remonter le temps ou bien amant du disque à démaquiller. Bernard Werber a gagné son pari. La mayonnaise a pris. Son discours plein d’humour a débridé la créativité de l’assistance. Tant et si bien que le temps manque en fin de séance. Qu’importe, les messages sont passés.

Les messages ?

Voici, en gros, ce que j’ai retenu :

L’important, c’est l’histoire

Par opposition aux auteurs qui privilégient le style, Bernard Werber donne la priorité à l’histoire. Selon lui, l’une des meilleures raisons d’écrire est que l’on adore raconter des histoires et les faire vivre aux lecteurs. C’est aussi ce qui plaît au public… et souvent déplaît aux médias et aux critiques littéraires.

Pourquoi devoir sans cesse opposer ces deux conceptions de la littérature ? J’ai lu nombre d’auteurs qui racontaient des histoires passionnantes en écrivant d’une jolie manière. Style et intrigue ne sont pas incompatibles, n’est-ce pas ? Et, selon moi, l’un sans l’autre devient vite ennuyeux.

Toujours est-il que Bernard Werber prône une littérature immédiate, fluide et intuitive. Il écrit généralement un premier jet sans s’arrêter afin de donner plus de puissance au récit. Puis retravaille ses textes.

Toujours aller au bout

Il y a pire que produire un manuscrit médiocre, c’est de ne rien faire du tout ! Ecrire fait peur : peur du jugement, de l’imperfection, du ridicule. Celui qui écrit a au moins le mérite d’essayer. C’est ce que je me répète en boucle chaque fois que je soumets un texte à quelqu’un.

Il est également conseillé d’achever les manuscrits plutôt que les laisser, incomplets, dormir dans un tiroir. Dans le pire des cas, on s’améliore !

Cultiver son imagination

Selon Bernard Werber, chacun a un potentiel d’imagination important (infini ?) Mais il se travaille. Chez lui, c’est un muscle bien entraîné. Pour cela, pas de miracle, il faut de la régularité. Ecrire tous les jours, même très peu, permet d’entretenir la créativité (voir aussi « Le réflexe créatif », de Twyla Tharp). La vie quotidienne est elle-même une grande inspiratrice. Les idées se nichent partout : dans les rêves, les petites annonces de journaux, les faits divers, les livres, les voyages, le cinéma. Pour écrire, il vaut mieux éviter d’être ermite, mais se confronter au monde et s’en nourrir.

Les exemples donnés par l’auteur sont surprenants… et hilarants !

Utiliser les bons outils

Une fois que l’on a la motivation et l’idée, de nombreux outils sont à la disposition de l’apprenti écrivain. Bernard Werber nous livre nombre de conseils intéressants : les structures narratives qui ont fait leurs preuves (les différentes phases par lesquelles passe le héros), des exemples de bons incipits (toute première phrase d’un roman), les personnages incontournables (comment faire un « bon » méchant ?), l’entretien du suspense, ce qui fait une bonne chute. Aucune recette toute faite, mais des pistes précieuses !

La publication

Trouver un éditeur est loin d’être simple. Sans parler de devenir célèbre, gagner beaucoup d’argent, être récompensé par un prestigieux prix littéraire… Pour l’auteur, la véritable récompense est dans la création, non dans l’attente d’une reconnaissance…

En résumé ?

En résumé, un après-midi sympathique et créatif. Relirai-je Bernard Werber ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas changé d’avis sur le fait que son talent pour imaginer l’inédit est immense. Puissé-je m’en inspirer !

Pour d’autres conseils sur l’écriture, venant d’un des plus grands raconteurs d’histoires, vous pouvez aussi lire « Ecriture, mémoires d’un métier », de Stephen King.

Si vous êtes intéressé par la master class de Bernard Werber, vous trouverez toutes les infos sur son blog http://www.bernardwerber.com/blog/ou sa page Facebook https://www.facebook.com/Bernard.Werber.officiel/

Et vous, que faites-vous pour entretenir et développer votre créativité au quotidien ?